Aller au contenu principal

Vous cherchez un investissement performant? Choisissez le moins cher!

Voilà une phrase qu’on entend souvent dans le milieu de l’investissement passif: « les frais sont le critère le plus important pour choisir un investissement ». Mais partout ailleurs, on raisonne différemment, parfois avec raison… mais parfois à tort aussi. On peut remettre en question l’idée selon laquelle la meilleure auto ou le meilleur téléphone soient toujours les plus chers. En effet, une entreprise offre des produits de plusieurs gammes différentes, et la gamme de luxe est souvent composée des mêmes pièces que la gamme moyenne. On surpaye surtout la marque, la finition ou je ne sais quoi. Ça c’est pour les produits. En revanche en ce qui concerne les professionnels, on imagine que le meilleur avocat, ou le meilleur ouvrier va forcément demander plus d’argent pour offrir ses services.

Malheureusement c’est loin d’être payant dans le cadre du choix d’un gérant de portefeuille. Allez à votre banque et demandez des conseils pour investir votre argent et vous verrez que votre conseiller financier va vous vendre des fonds très chers. Soulevez la question des frais et il vous dira que la gestion active a un coût car les gérants savent dénicher des titres sous-évaluées, et qu’en cas de récession, ils savent agir pro-activement en vous évitant des pertes. Ce sont des experts qui font ce travail à temps plein, tandis que nous, nous n’avons pas le temps (ni les compétences) de réorienter notre portefeuille en 5 minutes lors d’un krach.

À ce discours, vous rajoutez une force marketing impressionnante et cela explique pourquoi, en 2019, les Canadiens ont plus de 1193 milliards de dollars investis dans des fonds actifs très chers, contre 163 milliards en fonds passifs (source ici). Alors oui, les fonds passifs sont en croissance de 280% depuis 10 ans (+143% pour les fonds actifs) mais tout de même, aux États-Unis par exemple, l’effet est inverse car les fonds actifs ont perdu près de 78 milliards et ne croissent plus.

Comparons les deux!

Il y a donc des matins d’été comme celui-ci, où je me demande s’il se passe quelque chose au Canada de spécial qui justifie la gestion active. Alors j’ai été sur les sites de banques et j’ai décidé de comparer leurs fonds actifs avec leurs équivalents ETF passifs.

Non je ne m’ennuie pas pendant mes vacances, c’est une façon de s’amuser qui a ses charmes!

J’ai choisi BMO car cette banque offre des fonds actifs comme toutes les autres, mais surtout, ils ont une gamme d’ETF larges, pas chers, et dont les données peuvent remonter jusqu’en 2012. Cela permet une meilleure comparaison à travers le temps. Voici les données qui comparent les performances du marché canadien:

Le fond actif, en première colonne, ne bat le marché que 2 années sur 9. La 3e colonne « écart » établit la comparaison qui m’intéresse. Pendant 9 ans, le fond actif a rapporté 1,4% de moins par an que le fond passif. Notre gestionnaire professionnel, malgré toute sa science et en dépit du temps qu’il consacre à son métier, n’a pas fait mieux qu’un ordinateur qui achète toutes les actions canadiennes et attend. Pourtant le discours sur le site est vendeur non?: « Le gestionnaire utilise un processus de placement ascendant d’analyse fondamentale pour repérer des titres à des prix intéressants. » Un processus de placement ascendant d’analyse fondamental…hum…

Cependant, si on y regarde de plus près, le gestionnaire ici n’a pas été si mauvais. En effet, l’écart de prix entre les deux fonds est de 2,33%. Donc n’avoir perdu que de 1,4% démontre que le gestionnaire a en fait battu le marché sur les 9 ans, mais pas assez pour justifier les coûts de gestion. Que se serait-il passé, si au lieu de charger 2,39%, le gestionnaire aurait revu à la baisse ses exigences pour les ramener au niveau de l’ETF?

Dans ce cas fictif, le gestionnaire battrait le marché 5 années sur 9 et de plus de 8% en 2013 et 2015. Il dégagerait un surplus de 0,94% par an ce qui, au fil du temps, serait un avantage certain sur l’ETF. Mais même dans ce cas, il y a plusieurs embûches. Comment être certain qu’il s’agisse bien d’une supériorité de compétence et non de chance? Après tout, son surplus ne se crée vraiment qu’au début. Entre 2012 et 2015 tout se passe bien mais les choses se gâtent dès 2016. Comment savoir ce que l’avenir lui réserve? Comment identifier ce gérant de BMO au milieu de tous les autres gérants de BMO et des autres banques? Si on investit avec lui en 2015 en se disant qu’il est meilleur que le marché car il l’a toujours battu depuis 2012, voyez ce qui nous attend en 2016 (-5,16%), en 2018 (-0,57%), en 2019 (-1,07%) et en 2020 (-3,82%).

Si à tout hasard on allait voir du côté de TD pour comparer ? Allons voir un fond actif d’actions canadiennes et le fond passif indiciel (TD a un ETF, TTP, moins cher mais trop récent, j’ai pris le fond mutuel indiciel qui est plus vieux).

Ici l’écart de prix est de 1,89% et le fond perd de 1,83% par an. Cela veut dire qu’à frais égaux, le gestionnaire aurait rapporté un surplus de 0,07% par an (wouhou!). Malgré tout, à cause des frais, le fond n’a rapporté que 5,42% par an. Avec 6,05%, BMO avait fait mieux. Mais cela n’a aucune importance car les fonds passifs sont tous les 2 meilleurs: 7,25% pour TD et 7,5% pour BMO. D’où vient cet écart de 0,25% entre les 2 fonds passifs? Si vous voyez où je veux en venir depuis le début, alors vous avez deviné. L’écart de performance vient majoritairement, encore une fois, des FRAIS! Le fond indiciel de TD coûte 0,28% tandis que l’ETF de BMO coûte 0,06%. La différence de 0,22% explique la plupart de l’écart de 0,25% de performance entre les deux. Le reste s’explique par une différence des indices traqués par les fonds ou tout simplement par des erreurs de traque de ces indices. Cette différence est négligeable comparée à celle provoquée par les frais.

Et chez l’Oncle Sam?

Mais peut-être est-ce la faute du marché canadien? Le marché américain étant plus diversifié, les gestionnaires seraient-ils capables de mieux y exprimer leurs compétences? Voyons le fond BMO actif actions US contre ZSP, l’ETF passif:

Ici la différence est pire. En plus d’un écart de prix de 2,4%, le gestionnaire rajoute une sous performance de -0,64% ramenant le tout à -3,04% par an. C’est terrible de se faire battre de 3,04% en moyenne chaque année par une simple stratégie passive. Malgré les 37,6% (contre 40,76%) en 2013, les 15,9% en 2015 (contre 20,21%) et 2019 (contre 24,52%), le marché a quand même fait mieux. Dès 2018, les statistiques du gestionnaire deviennent abyssales: -6,71%, -8,62% et -7,01% par rapport à l’ETF vendu par la même banque.

La vaste majorité d’entre nous serait impressionnée par du 13,61% de croissance annuelle. Quand notre conseiller nous montre ça, nous avons, ancrés en nos têtes, des taux comme ceux de nos comptes d’épargne (0,05 ou 1,5%), mais nous ignorons tout des performances annuelles de la bourse. Gagner 13,61% par an pendant 9 ans est une belle performance sauf que, le marché américain a offert du 16,65%. J’imagine que c’est une consolation de lire sur le site que « Le gestionnaire du portefeuille emploie un processus de placement quantitatif discipliné pour sélectionner des sociétés aux bénéfices constants dont les actions se négocient à un prix intéressant, et il parachève le processus de sélection d’actions par une analyse fondamentale. » J’écrivais le même genre de phrases dans certains de mes travaux à l’université lorsque je ne prenais pas le travail au sérieux. Le pire c’est que j’obtenais souvent mes meilleurs résultats ainsi. L’avantage est que maintenant je reconnais vite ceux qui font la même chose.

Partout pareil…

On peut se livrer au même exercice avec un fond dit global, qui en un achat investit dans le monde entier. Voilà le fond BMO actions monde, contre l’équivalent ETF passif, ZGQ. Notez qu’à chaque fois, je compare deux produits d’une même banque, un peu comme si je comparais une Volkswagen et une Audi:

Le fond actif n’existe que depuis 2016 mais tout de même, les -8,52% par an n’ont pas de quoi satisfaire un investisseur actif. C’est vraiment désastreux de ne faire que 5,5% lors d’une période aussi prolifique qu’a pu être 2016-2020. Mais heureusement je suis rassuré quant à la stratégie employée car: « Le gestionnaire de portefeuille cherche à atteindre l’objectif du fonds en ayant recours à un modèle exclusif appliquant des méthodes d’analyse fondamentale des actions pour repérer et sélectionner des actions qui se négocient à des cours inférieurs à leur valeur intrinsèque, qui affichent une croissance supérieure des bénéfices et dont le momentum du cours est positif. » Traduction ===> « si vous nous donnez 2,39% de vos gains tous les ans, nous ajouterons un malus de -6,13% chaque année par rapport au marché. »

Et pour les obligations?

À ce moment de l’article, vous devez sûrement vous attendre à ce qui va suivre. Mais honnêtement, même si la gestion active était performante pour les obligations, est-ce vraiment dans ce domaine qu’on l’attend? Pas de panique, ce n’est pas le cas avec le fond d’obligations BMO et son équivalent ETF, ZAG.

Ici encore ce sont les frais qui créent l’écart de rendement. À coût égal, le fond actif aurait fait mieux de 0,2% par an (pur Alpha!).

BMO a ici le « malheur » de me servir de cible mais ce n’est pourtant pas la banque qui a le plus de clients dans ses fonds actifs. C’est même une banque qui offre des ETF depuis longtemps et par conséquent, il y a souvent plus d’argent dans ses fonds passifs que dans ses fonds actifs. Dans le cas du fond d’actions canadiennes BMO, il y a 2 278 millions investis dedans contre 6 840 millions pour ZCN, l’ETF passif. Mais si on se réfère aux frais de gestion, le fond actif rapporte 54 millions de revenus contre 4,1 millions pour ZCN. Donc il y a 3 fois moins d’argent investi en fond actif mais cela rapporte 13 fois plus de revenus.

À titre de comparaison, le fond TD actions canadiennes dont j’ai parlé plus haut, a plus de 5 772 millions investis pour un revenu annuel de 1 252 millions (un bon milliard). Son fond passif ne lui rapporte que 5,8 millions. Voilà pourquoi souvent, les employés ne connaissent même pas le nom de ce fond. TD n’a aucun intérêt à mettre ce fond en avant, ni dans ces prospectus, ni auprès de ces employés. Si jamais vous tombez sur un conseiller TD qui connaît les fonds passifs solutions indicielles ou leur gamme d’ETF, il ne vous les vendra que s’il se rend compte que vous savez de quoi vous parlez. Sinon il commencera par vous vendre un portefeuille de fonds (un fond cher constitué de fonds chers) comme le portefeuille confortable TD croissance (c’est celui qu’on m’a vendu la première fois où j’ai parlé avec un conseiller au Canada). Je m’en rappelle comme si c’était hier, je me souviens même du nom de la conseillère…10 ans après… c’est pour dire à quel point j’ai été marqué par ce marketing agressif.

Pour finir, je sais que certains pourront se moquer de mes 14 ou 16% par an alors qu’à la même période, les cryptos, des actions ou même leur maison ont rapporté du 120% ou je ne sais combien. Mais justement, c’est censé être le rôle du gestionnaire de trouver ces actifs qui vont sur-performer. C’est la banque et son conseiller qui promettent de la performance. Moi avec mes fonds passifs, je ne m’attends pas à atteindre les étoiles. Si je fais 15% par an pendant 10 ans, je m’attends à faire beaucoup moins pour les 10 années suivantes. Mais j’ai accepté ça, et je m’en contente et je me méfie des 120% Bitcoins. Dans le cas de la gestion active dite responsable et professionnelle, promettre la lune et finalement délivrer moins que la moyenne, c’est extrêmement décevant. Mais c’est pourtant là que la plupart des Canadiens mettent leur argent. Parce que je ne m’en lasse pas, je vous quitte en laissant un extrait du site de BMO décrivant la stratégie du fond d’obligations:

« Le gestionnaire du portefeuille examine divers indicateurs économiques pour se donner une ligne de conduite relativement aux taux d’intérêt, et il compose ensuite le portefeuille en appliquant une méthode de placement disciplinée. Dans l’ensemble, la structure des échéances et les placements sectoriels du portefeuille du fonds sont fondés sur les variations projetées des taux d’intérêt, tandis que la sélection des divers titres est déterminée par l’analyse fondamentale et les cours relatifs. »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :