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Les pires formes de revenu? – partie 1: les fonds à revenu mensuel

J’ai passé les dernières semaines à écrire au sujet des revenus générés par les actifs financiers et j’ai accordé une attention spéciale aux dividendes. Aujourd’hui je vais m’attarder sur les fonds qui génèrent de manière répétée et assez fiable des revenus mensuels fixes. Toutes les banques proposent ce genre de fonds, afin de générer un versement régulier mensuel de liquidités à leurs investisseurs, sans qu’ils aient à se soucier des détails. Il est temps que quelqu’un s’en soucie pour vous.

De quoi sont constitués ces fonds?

Ce sont des portefeuilles entiers, eux-mêmes constitués de plusieurs fonds équilibrés (des fonds de fonds). Ils ont une allocation environ de 50-40% d’obligations contre 50-60% d’actions. La part d’actions s’oriente vers la recherche de dividendes canadiens mais on y trouve aussi des compagnies étrangères et même des marchés émergents. Chaque banque va monter son portefeuille comme elle l’entend pour avoir un profil faiblement risqué et une source de revenu stable.

Des revenus réguliers et stables

Ce n’est pas si évident de trouver les détails des paiements. Voici l’information du prospectus du fond à revenu mensuel pour TD, un document à télécharger sur leur site:

Le site de RBC est plus simple mais pour les autres banques cela peut s’avérer plus compliqué. Le moins que l’on puisse dire c’est que ces fonds ont des paiements bien réglés années après années. Voyez pour le fond de revenu mensuel RBC:

Ne tenez pas compte de 2020 car le calcul n’a pas encore été publié.

Depuis 2010 ce fond a payé entre 0,5 et 0,57$ par unité tous les ans. Les paiements mensuels sont aussi très réguliers. Selon le prospectus détaillé il reverse environ 0,04$/unité et en décembre les gains de capitaux éventuels viennent grossir le tout. Le fond a un rendement total (croissance + revenu) de 6,6% annuel depuis sa création en 1997. Je ne parviens pas à trouver le calendrier des paiements avant 2010 mais peu importe.

Ce qui m’intéresse ici c’est le contenu des différentes distributions. Vous avez une ligne pour chaque type de revenus: intérêts, dividendes, gains en capital et… un dernier dont je n’ai jamais encore parlé mais je vais le faire bientôt… le remboursement de capital.

Si vous êtes attentif, vous verrez que les paiements en dividendes et en intérêts sont stables, tandis que ceux en gains et remboursement de capital varient grandement d’une année à l’autre. Lorsque les gains en capitaux sont importants comme en 2019 (0,14$), les remboursements de capital sont faibles (0,04$). À l’inverse, en 2018, RBC paie 0,03$ en gains et 0,17$ en remboursement. En fait, le gestionnaire se sert de ces 2 formes de revenus pour atteindre son objectif d’environ 0,5$ par an.

Chaque année, si les paiements en intérêts et en dividendes à eux seuls sont insuffisants pour atteindre ce chiffre, le gestionnaire va vendre en fin d’année certains titres avec profits, et repasser les gains aux investisseurs sous forme de revenus. C’est un gain de capital taxable et que vous devrez déclarer comme tel et non comme dividende ni comme intérêt. Cette information se retrouvera sur la feuille d’impôt que vous donnera le fond. Vous connaissez déjà les gains de capitaux, et vous savez que je considère cette forme de revenu comme efficace fiscalement pour les hauts revenus. Je l’aime aussi parce qu’on peut contrôler le moment où on la déclenche ainsi que le montant. L’ennui ici, c’est que ce fond est géré par quelqu’un d’autre qui déclenche cette taxe pour vous. Alors, pas de malice ici de la part des banques, leur but est de vous donner un paiement régulier et si vous avez besoin de cet argent, elles ne font que remplir leur mandat. C’est juste que vous avez moins de contrôle avec ce genre de portefeuilles. C’est encore plus le cas avec le dernier type de paiement.

Le remboursement de capital

Comme son nom l’indique, c’est votre propre argent qui vous revient. Ne parvenant pas à atteindre son objectif de paiement, le gestionnaire vous rend une partie de votre argent. Le problème ici est double. Premièrement, malgré les avertissements cachés ici et là sur les sites, beaucoup d’investisseurs ne réalisent pas qu’on leur rend leur argent. BMO met en garde sur ce que sont les ROC (return of capital) sur un prospectus:

Deuxièmement, c’est justement le problème adressé par l’extrait plus haut. Les investisseurs comme vous et moi, lorsqu’ils reçoivent ces paiements, prennent pour acquis qu’il s’agit de revenus. Après tout c’est dans le nom du fond « revenu mensuel » et c’est le but d’investir dans ce genre de fonds: obtenir un revenu. Alors lorsque les revenus viennent d’intérêts et de dividendes, je pense que 100% des investisseurs sont d’accord avec ça. Lorsqu’ils viennent de gains de capitaux, certains seraient déjà peut-être plus inquiets de savoir qu’on vend des actifs, mais ils auraient tort de l’être. Par contre avec un remboursement de capital, il est possible que beaucoup se sentent trahis. Si vous avez 1 200$ dans votre compte d’épargne, et que vous vous reversez 100$ par mois pendant un an sur un autre compte chèque, je doute que vous considériez cela comme un revenu. En vous remboursant votre capital, la valeur de votre investissement baisse. Vous aviez mis 50 000$, on vous en rend 200, vous ne vous en rendez pas compte et vous les dépensez.

Un remboursement de capital en soi n’est pas une hérésie, surtout lorsque vous êtes retraité, et que les revenus mensuels sont plus importants que la préservation du capital pour l’éternité. Mais ces fonds en reversent sans doute trop fréquemment. Pour RBC, seuls 2012 et 2013 en sont exemptés sur les 10 dernières années. Comme le dit l’extrait de BMO vous pouvez vous retrouver avec un capital sérieusement entamé, voire entièrement épuisé. J’espère que vous n’espériez pas transmettre ce capital en héritage! Donc en réalité, ces paiements réguliers et stables sont souvent constitués, en partie, d’un retour de votre propre argent. Heureusement que ces remboursements ne sont pas imposés mais par contre ils ont un impact sur le prix de base rajusté de votre fond.

Qu’est-ce que le prix de base rajusté?

Pour faire simple, c’est le vrai coût de votre investissement. Quand vous calculez vos gains, vous déduisez les coûts engendrés par l’investissement. Donc lorsque vous vendez une action, avant de déclarer le gain aux impôts, vous avez le droit de retirer les coûts comme les commissions ou les intérêts payés si vous avez emprunter pour investir etc… Quand vous recevez un remboursement de capital, vous avez moins d’argent investi, donc vos coûts globaux sont plus bas. Par conséquent, lorsque vous vendrez un jour avec des gains, ceux-ci seront plus gros que si on ne vous avait pas rendu l’argent et donc… l’impôt sera plus grand.

Je ne suis pas sûr que la plupart des investisseurs dans ce genre de fonds soit au courant. Surtout que c’est la responsabilité de chaque investisseur de traquer son prix de base rajusté. Si votre portefeuille est complexe, avec des actions identiques dans plusieurs banques différentes, ce sera à vous de connaître l’ensemble de vos coûts. Si vous ne calculez pas ce prix de base, vous vous retrouverez à payer plus d’impôts que nécessaire. Si par contre, vous oubliez de réduire votre prix de base à cause d’un remboursement de capital, vous paierez moins d’impôts que vous le devriez, et il va falloir prouver votre bonne foi le jour où l’ARC s’en rendra compte.

Voyez le cas de ce contribuable qui s’est vu réclamé 4,1 millions par l’ARC, dont pénalités et intérêts, alors qu’il avait des pertes et des revenus de travail de 9 655$ cette année-là. L’erreur venait du fait que TD a envoyé à l’ARC l’information des ventes et achats mais pas celles des coûts. De son côté, l’investisseur qui avait l’information sur les coûts (que TD lui avait bel et bien donnée) ne l’a pas communiquée à l’ARC. Inutile de dire que l’ARC a considéré le tout comme un gain et lui a envoyé la facture 4 ans plus tard avec pénalités. Une fois l’erreur corrigée par le contribuable (et après un énorme coup de stress), il a essayé de se retourner en justice contre TD. Le jugement est clair et peut servir d’avertissement aux autres investisseurs:

Le juge a conclu que TD avait donné les bonnes informations au contribuable et que la banque n’a aucunement le devoir de communiquer cette information à l’ARC pour lui éviter un contrôle. C’est au contribuable de communiquer les coûts de manière exacte, ce n’est pas la responsabilité de l’institution financière.

Donc j’espère que les investisseurs dans ces fonds à revenus mensuels parviennent à augmenter et à réduire correctement leur prix de base rajusté, surtout lorsqu’ils reçoivent des remboursement de capitaux. Tout ceci ne pose pas de problèmes lorsque ces fonds sont détenus dans des REER ou CELI, mais… 2 secondes… que vois-je sur le site de RBC?

Bon, je ne sais pas pourquoi mais ce fond en particulier ne peut qu’être détenu dans un compte taxable. Je ne sais vraiment pas pourquoi et RBC a peut-être un nouveau fond qui serait éligible aux comptes enregistrés, mais je ne l’ai pas trouvé. Cependant, les fonds des autres banques sont encore éligibles au CELI ou aux REER.

En conclusion

Comme souvent, ce qui disqualifie définitivement ces fonds sera encore et toujours les frais qu’ils chargent:

La seule offre qui se distingue en matière de frais est évidemment Vanguard, dont l’un des buts principaux de son fondateur a toujours été d’offrir des coûts concurrentiels en simplifiant les choses. Vanguard est à l’origine du premier fond indiciel et de la stratégie passive. Leur fond VRIF ne coûte que 0,29%. Vous aurez les mêmes avantages et inconvénients que les fonds des grandes banques, le coût exorbitant en moins. Cependant, 0,29% peut sembler cher par rapport à mes modèles à 0,16%. Le fond est très récent, il a été créé en septembre 2020, il y a donc peu de données sur ses performances.

Pour finir, ce genre de portefeuilles ne correspond pas aux investisseurs en phase d’accumulation. Si c’est votre cas, vous devriez fuir les mots comme « revenus », « gros dividendes » et « haut rendement ».

Si vous ne travaillez plus, la meilleure option semble être celle de Vanguard. Mais il vaut mieux construire vous-même votre propre portefeuille à revenus pour une fraction du prix: un portefeuille à 60% actions et 40% obligations ou autre. Vous pouvez aussi orienter vos actions vers plus de dividendes canadiens et intégrer des FPI. La stratégie de distribution de ces fonds n’est pas mauvaise et on peut la copier allègrement: intérêts et dividendes la plupart du temps, et quand on en a besoin, on rajoute des gains en capital en vendant les actifs qui ont des profits. Gardez en tête que même lorsqu’une année est négative, cela ne signifie pas que vous n’avez pas encore de gains des années précédentes. Cela ne signifie pas non plus que d’autres actifs n’ont pas de gains. En dernier recours, il vous reste le retour de capital. Dans tous les cas, il faut faire attention au calcul de votre prix de base ajusté lorsque vous investissez dans un compte taxable. N’hésitez pas à engager un comptable pour vous aider.

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