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Pourquoi tombons-nous dans le piège des dividendes?

Si vous cherchez à mettre en place une stratégie d’investissement basée sur les dividendes, vous aurez le choix parmi des dizaines et des dizaines de sites et de livres qui se consacrent à ce sujet. Beaucoup d’investisseurs ne jurent que par eux et estiment que leur succès vient de ces dividendes. La stratégie est généralement intuitive et simple à comprendre. Vous achetez des actions de grandes entreprises connues, dont les produits ou services sont presque incontournables dans notre vie quotidienne, et vous réinvestissez les dividendes qui s’accumulent dans votre compte. 20 ou 40 ans plus tard, vous avez un portefeuille conséquent et vous avez atteint vos objectifs financiers.

Les vertus de cette stratégie

Loin de moi l’idée de remettre en question la stratégie dans son ensemble. Les adeptes des dividendes réalisent des gains et les entreprises en question sont très profitables. Investir dans Target, Verizon ou CIBC a du sens économiquement. Il vaut mieux avoir des actions dans les banques plutôt que des crédits ou même un compte avec elles. Cette stratégie vous pousse à épargner et à investir et vous restez investi pour le long terme. Vous ne spéculez pas car vous vous renseignez sur les méthodes fiables pour investir, issues de recherches universitaires et basées sur des décennies de données, et non avec des gourous traders sur Youtube ou Instagram qui vendent leurs cours d’options binaires à 2 000$.

Investir en dividendes vous permet aussi de mieux résister psychologiquement aux chocs du marché. Comme l’explique l’auteur de cet article, les investisseurs ont tendance à moins surveiller les variations de prix car les compagnies qu’ils ciblent ne mettent pas la croissance en avant. En revanche, ils se focalisent sur les dividendes et bien souvent les compagnies continuent à en payer, voire à les augmenter même durant les crises. Ce focus mental sur les dividendes leur permet de se considérer gagnants en presque toutes circonstances, sauf bien-sûr lorsque les dividendes sont coupés comme cela peut arriver, mais cela fait partie des risques.

Pour finir, investir en dividendes permet de maintenir des coûts très bas. Pourquoi acheter un ETF aristocrate à 0,3% de frais alors qu’il suffit d’acheter directement les 15 ou 20 plus grandes actions qu’il contient et oublier ainsi les frais de gestion? Cette information est publiquement disponible sur les sites de ces fonds et vous ne paierez que les commissions à l’achat et à la vente.

Les problèmes de cette stratégie

Il n’y a pas vraiment de problèmes, il y a par contre de nombreux biais cognitifs associés à cette stratégie et il faut, je pense, en être conscient avant de clamer la supériorité absolue de cette stratégie.

La comptabilité mentale

La comptabilité mentale est un biais mental, c’est à dire que notre cerveau traite une information de telle manière qu’on ne perçoit pas la réalité des choses. Si vous traitez l’argent de manière différente en fonction du but que vous lui avez attribué, ou en fonction de sa provenance, vous faîtes de la comptabilité mentale. Dans l’absolu, l’argent n’a pas à être traité de différentes manières. Si vous gagnez 100$ en jouant à un jeu, il y a de fortes chances que vous soyez plus enclin à les dépenser ou à les risquer plutôt qu’avec 100$ pris de votre salaire. Pourtant ces 100$ sont les mêmes. Ce n’est pas parce que vous obtenez 100$ en jouant qu’ils ont moins de valeur que 100$ obtenus en travaillant dur.

Nous fonctionnons beaucoup avec cette comptabilité mentale et nous pouvons l’utiliser à notre avantage. Par exemple, en ouvrant un compte pour nos enfants, cet argent est souvent sacré. Nous l’avons catégorisé et nous préférerons parfois nous endetter à 20% plutôt que d’y toucher. C’est un peu ce qui se passe avec les dividendes. Comme je l’ai écrit ici, l’argent des dividendes et celui de la capitalisation boursière d’une entreprise est le même. En se focalisant sur les dividendes, les investisseur reçoivent un montant tous les mois et préfèrent oublier les variations de prix. Cela leur permet d’être moins victimes de la peur du marché mais en même temps cela leur fait oublier qu’une grande partie du marché monte en moyenne. Ils sacrifient consciemment ou inconsciemment la croissance en l’excluant de l’équation.

Le dernier aspect de comptabilité mentale concerne ceux qui pensent que les dividendes leur permettent de ne pas puiser dans leur capital. En effet, si vous êtes retraité, en recevant 5% de dividendes, cela peut vous éviter de vendre des actions chaque année pour vivre. Le problème c’est qu’encore une fois, ce n’est pas vous qui puisez dans votre capital mais ce sont les compagnies qui puisent dans le leur à votre place. Et puisque vous êtes propriétaire d’une part de ces entreprises, cela revient au même. Une entreprise s’appauvrit en versant des dividendes puisqu’elle se sépare de ses profits. La valeur d’une action chute le jour du calcul des dividendes. C’est pour ça que les compagnies aristocrates ne croissent pas au rythme qu’elles devraient. Et c’est aussi pour ça que les graphiques qui oublient d’inclure les dividendes sont trompeurs. Ignorer les variations de prix est tout aussi coupable que d’ignorer les dividendes.

Le facteur discriminant

Alors bon, une fois qu’on a identifié le biais cognitif on pourrait continuer à investir en dividendes sans problème. Après tout, au départ, il n’y a aucune différence entre un investisseur qui a un gain de capital de 5% + 2% de dividendes et un autre qui a 2% de gain de capital + 5% de dividendes. Ils ont le même rendement total de 7%.

Le problème c’est que le système des impôts rend le pourcentage de dividendes moins rentable, et c’est là le facteur qui discrimine les deux formes de rendement. J’explique ici pourquoi toucher de gros dividendes pendant des décennies, et se faire taxer dessus, représente un frein conséquent au long terme surtout pour les mieux payés d’entre nous. Les 5% de gains de capitaux ne seront taxés qu’à la vente, tandis que les 5% de dividendes sont taxés tout au long de votre vie ce qui vous empêche de réinvestir ce qui devrait l’être. De plus, si une partie de ces 5% proviennent de compagnies hors Canada, ils subissent la taxe étrangère à la source. Et comme je l’explique ici, investir dans des REER ou des CELI ne permet pas d’éviter ces taxes. Je vous mets plus bas un tableau qui compare un portefeuille parti de 0$ qui gagne 7% en moyenne par an et un autre à 6,5% juste pour réaliser la différence qu’une perte fiscale de 0,5% peut engendrer au long terme. Les deux portefeuilles ont des contributions mensuelles de 2 000/mois:

La différence est de 576 077$ mais on ne peut pas vraiment dire que le 6,5% soit malheureux.

Réconcilier les deux mondes

À mon sens, l’idéal serait d’arrêter de catégoriser les deux types de revenus et de plutôt les voir comme un seul et même argent. Les dividendes assurent un semblant de stabilité même quand les prix chutent et sont donc réconfortants. La croissance du capital est nécessaire et puisque les gains de capitaux ne sont imposés qu’à la vente, cela nous permet de profiter, sans trop de frein fiscal, de cet avantage.

Nous ne devrions pas avoir peur de vendre une partie de notre capital pour en tirer des revenus car cela revient au même que de dépenser les dividendes d’un capital qui a grossi moins vite. La stratégie des dividendes est la cousine de la stratégie passive de base. Toutes les deux bénéficient des profits de la bourse à long terme en déployant un minimum d’effort. Elles se concentrent sur l’acquisition de grandes quantités d’actifs à travers le temps. Le succès des investisseurs à dividendes provient de leur discipline et de leur motivation, et non d’une éventuelle supériorité des dividendes. S’ils trouvent davantage de satisfaction en suivant cette stratégie grâce au réconfort de la comptabilité mentale, ils ont raison de continuer.

L’investissement passif de base ne permet pas d’accumuler des montants sensationnels de dividendes mensuels (à moins d’un capital encore plus gigantesque). Il faut se contenter de revenus autour de 2 ou 3%. En revanche il a l’avantage d’inclure de manière plus globale les 2 éléments qui constituent les profits boursiers: la croissance et les dividendes. Si on oublie la comptabilité mentale, on peut vendre un autre 2% de ses gains pour générer ce dont nous avons besoin pour notre indépendance financière. Tant que les règles d’imposition sur les dividendes et les gains de capitaux ne changent pas, cela reste la stratégie optimale.

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