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Comment vos dividendes étrangers sont-ils imposés?

J’ai expliqué ici les avantages de toucher des dividendes dans un compte taxable lorsque l’on gagne des revenus faibles ou moyens (moins de 50 000$/an à peu près). J’ai aussi expliqué ici pourquoi chercher à toucher plus de dividendes que nécessaire était contre productif. Mais jusqu’à présent je n’avais abordé que le sujet des dividendes canadiens. Les dividendes provenant d’entreprises étrangères ne sont pas traités de la même manière. De plus, il faut aussi savoir que ces dividendes sont également imposés à la source par le pays d’origine, ce qui réduit de beaucoup leur rendement. Je vais vous expliquer l’impact de cette taxe à la source puis voir avec vous comment optimiser cette situation.

Aux États-Unis…

Aux États-Unis la taxe est de 15% sur tous les dividendes qui sortent du pays. Si votre ETF génère autour de 2% de dividendes, cela signifie un coût de 0,3% (15% de 2%) supplémentaire, soit probablement plus que les frais de gestion de l’ETF. Cette taxe a donc un impact significatif et étant retenue à la source, vous ne la sentez pas passer. Vous pouvez trouver le montant que l’ETF paie en allant sur le site du fournisseur de l’ETF et en cherchant dans les tableaux concernant les distributions de revenus. Par exemple, pour VUS, vous verrez ceci:

Les distributions sont exprimées en dollar par unités. Ce montant doit être multiplié par le nombre d’unités que vous avez.

Si vous aviez 3 000 unités de cet ETF en 2019, les dividendes étaient de 3 096,93$ mais après la taxe de 497,79$ vous n’avez reçu que 2 599,14$. C’est encore de l’argent « perdu » que vous ne pouvez pas réinvestir. Voilà pourquoi il y a vraiment très peu d’intérêts à investir dans un fond comme XHU. À l’instar des ETF canadiens qui se spécialisent dans les distributions de dividendes canadiens, les fonds qui recherchent des dividendes étrangers sont encore plus mauvais en termes de fiscalité. Non seulement leurs coûts sont plus élevés mais en plus il y a 15% de retenue à la source sur les dividendes alors que les dividendes sont justement le produit mis en avant par ces fonds. Cerise sur le gâteau: le fond a un moins bon rendement que l’ensemble du marché. Comparons rapidement un fond à dividendes US comme XHU et un autre plus large, comme XUU:

Les conclusions sont faciles à tirer. Avec XHU c’est plus de dividendes mais plus cher, plus d’impôts et moins performant, que dire de plus? Cela compense-t-il de la satisfaction d’avoir plus de dollars qui s’accumulent dans votre compte en cash? N’oubliez pas que le rendement total inclue les dividendes. Donc les 4,79% annuel de XHU ne sont principalement que des gains de dividendes. Il y a très peu de croissance.

Pour les autres pays…

Étant donné que chaque pays a son propre taux d’imposition sur les dividendes étrangers, il est inutile d’en faire une liste. Le plus simple est d’aller voir la page internet de votre fond international et de calculer la part de retenue sur dividendes. Dans mes modèles de portefeuille, je recommande VXC qui en un seul achat représente votre exposition en actions hors Canada. Ces 12 derniers mois, VXC n’a distribué que 1,55% de ses gains sous formes de dividendes. Voyons la part qui est partie en taxes en 2019:

0,13475/0,85846 x 100 donnent 15,69%. C’est ce qu’il faut s’attendre à payer. La taxe représente donc une perte de -0,24% du rendement total (comparé à -0,54% pour un fond en dividendes comme XHU).

Optimisation fiscale

Bonne nouvelle! Le Canada a un accord avec les États-Unis pour annuler cette taxe sur les dividendes dans les REER. Il semble donc logique de favoriser VXC dans vos REER plutôt que dans le CELI, REEE ou compte taxable. Sauf que cet accord ne fonctionne que si vous investissez directement dans des fonds côtés en US$ à la bourse américaine, comme VTI. VXC malheureusement est coté à Toronto en dollar canadien et ne profitera pas de ce traité fiscal entre les deux pays. Cela veut-il dire que nous devrions investir directement aux États-Unis plutôt que de détenir des fonds canadiens en intermédiaire? La réponse est…. ce n’est pas si simple.

Le coût de la conversion

Les seules circonstances où il vaut mieux investir directement en US$ sont lorsque vous êtes capable de réduire au maximum le coût de la conversion de monnaie. Si vous avez des revenus en dollar américain, il n’y a pas d’hésitation à avoir, et vous devriez les investir directement dans un fond US. En revanche si vous devez acheter des US$ avec des CAD, il vaut mieux le faire ponctuellement avec une grosse somme d’argent pour réduire les commissions et avoir un taux plus attractif. Le coût de la conversion est si rédhibitoire qu’il vaut mieux payer la taxe sur les dividendes dans vos REER pendant plusieurs années avant de convertir votre fond en une fois à un moment propice.

Par exemple en 2010, les deux dollars étaient très proches en valeur et il y avait la possibilité d’investir facilement sur des fonds américains. Depuis 2015 et la chute du pétrole, le dollar canadien s’est déprécié face à son grand frère américain et il est peut-être préférable d’en accumuler pour l’instant dans des fonds canadiens. Pour ne pas attendre indéfiniment, vous pouvez vous fixer un seuil à partir duquel vous convertissez vos CAD en USD. Pour contrecarrer les frais de change il vaut mieux vraiment attendre des sommes conséquentes: 50 000 voire 100 000 CAD.

À moins d’être un grand capitaliste mondialiste, il vous sera difficile d’avoir un compte dans la monnaie de chaque pays qui possède un traité fiscal annulant cette taxe. Je dis cela mais je garde à l’oeil une compagnie comme Transferwise qui permet d’avoir des comptes multi devises et qui semble avoir des taux intéressants, mais rien qui vraiment ne nécessite le tracas de maintenir tous ces comptes et tous ces investissements (HSBC aussi propose ce genre de comptes mais pour enlever la plupart des frais, il y a des conditions comme avoir 100 000$ avec eux par exemple). À notre humble niveau, il vaut mieux un fond unique comme VXC en CAD. La simplicité ici est meilleure que l’optimisation fiscale.

Le CELI boulet fiscal?

Il y a quand même un avantage à posséder des ETF étrangers dans un compte taxable plutôt que dans un CELI car vous pouvez réclamer le crédit d’impôt sur les revenus étrangers. Cela vous permettra de récupérer tout ou une partie de la taxe. Ce crédit ne peut pas s’appliquer si votre ETF est détenu dans des REER, REEE ou CELI etc… Pour tout vous dire, le CELI est peut-être même le pire choix pour y placer des actions étrangères car vous n’y avez aucun moyen de récupérer ou de réduire cette taxe. Comme je le dis souvent, il vaut mieux mettre des obligations ou des FPI dans votre CELI.

Tout est une question de stratégie de départ. Si vous cherchez des dividendes importants, un CELI peut vous permettre de ne pas payer trop d’impôts même si vous ne récupérez pas la taxe étrangère. Mais si vous avez compris l’intérêt de privilégier la croissance et non les revenus en phase d’accumulation, alors votre fond étranger devra se trouver dans vos REER et dans votre compte taxable. Il versera peu de distributions et dans votre compte taxable, vous récupérerez tout ou une partie de la taxe étrangère grâce au crédit d’impôt adéquat. Si vous êtes retraité et que vous voulez un maximum de revenus, ne voyez pas cela comme une injustice. Les gains de capitaux comme source de revenu ne sont pas une tare. Vendre 3% chaque année d’un fond qui en croît de 6 vous permet de ne jamais l’épuiser et de le transmettre à vos enfants ou petits-enfants.

Dans tous les cas, les circonstances individuelles étant toujours différentes, il vaut mieux consulter un expert en la matière. C’est pour ce genre de détails qu’un expert en fiscalité des investissements apporte de la valeur. Un article comme celui que vous lisez maintenant ne sert qu’à vous informer sur l’existence de ces taxes. Les vrais décisions à prendre au niveau individuel demandent une expertise et une évaluation de chaque situation. J’ajouterai même qu’il ne faudrait pas attendre d’avoir de grosses sommes pour consulter un expert. En effet, si l’expert décerne des problèmes, les actions requises pour les corriger peuvent déclencher des taxes douloureuses car vous déplacerez des millions (je l’espère pour vous). Il arrive donc que l’on préfère ne rien faire et continuer avec un portefeuille peu efficace. En revanche, corrigés dès le départ, ces problèmes auront des conséquences minimes.

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