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OH! Les affreux bonds!

Je dis souvent qu’il y a un risque important à attendre indéfiniment une correction du marché pour entrer en bourse. D’abord on peut attendre plusieurs années en manquant de bonnes performances, ensuite quand la correction arrive, on trouve facilement toutes les raisons d’attendre encore un peu pour ne pas plonger au milieu de la tourmente. Finalement, la bourse remonte souvient bien avant que l’économie n’aille mieux, donc on craint une déconnexion avec l’économie réelle et une nouvelle bulle. C’est toujours le même scénario et toujours les mêmes commentaires. En réalité, personne n’est capable de prédire l’avenir et rien ne se passe exactement comme prévu.

C’est un peu la même histoire avec les obligations. Qu’elles sont mal-aimées ces pauvres obligations! Les états ne rembourseront jamais leurs dettes, elles paient de faibles intérêts et quand les taux remonteront leur valeur chutera. On en oublie presque ce pourquoi on utilise des obligations dans un portefeuille, et surtout, on commet la même erreur qu’avec les actions: on tente de prédire le futur.

J’ai toujours entendu dire que les taux d’intérêts allaient monter. J’imagine bien qu’ils vont le faire un jour, et j’ai parfois vu des petits sursauts des taux entre 2000 et 2021. Mais si ça fait 20 ans que quelqu’un attend que les taux remontent pour prendre une décision financière, qui sait combien de temps cette personne attendra encore?

Coup d’oeil sur les performances

Regardons XBB un fond créé en novembre 2000 qui suit l’indice des obligations universelles FTSE Canada, qui paie en ce moment 2,53% en intérêts et qui inclue de la dette fédérale, provinciale, municipale, de banques et de grandes entreprises dans les proportions ci-dessous:

Je ne veux pas discuter ici de la probabilité que tous ces acteurs ne puissent pas rembourser leurs crédits lors de la guerre nucléaire qui nous attend. Je veux juste regarder les performances passées de ces 20 dernières années et vérifier si les craintes d’effondrement des obligations, depuis tout ce temps, étaient justifiées. Graphiquement cela donne ça:

source

Sous forme de tableau, c’est plus précis:

Il manque 2020 sur ce site, mais pas de panique, 2020, cette année horrible, a donné 8,57% pour ce fond.

Quand on voit ce tableau, ce qui frappe tout de suite c’est 2013 en rouge, la seule année négative à -1,5%. Ce sont les rendements totaux incluant les distributions mensuelles d’intérêts réinvestis. Je suis sûr que vous avez hâte de calculer le rendement annuel (moyenne géométrique). Je vous laisse 5 minutes pour le faire… … … c’est bon? Je suis persuadé que vous avez le même résultat que le site de Blackrock: 5,29% par an depuis 20 ans (sans inclure 2020). 5,29% avec peu de volatilité, sur la mer de la tranquillité, au milieu de l’éclatement de la bulle des technologies, dans le vortex de la crise des subprimes et en pleine pandémie. Je connais des gens qui, pour placer leur argent sans risque, courent après les offres de 3-6 mois des banques sur leurs comptes d’épargne: « profitez de nos taux spéciaux de 1,5% pendant 3 mois, avant de toucher 0,05% comme tout le monde. » Si vous ne voulez pas prendre de risques avec votre argent, c’est le rôle des obligations. Oui je sais, ces dernières 20 années ont été trop rentables par rapport à la moyenne historique mais c’est exactement pour ça que j’écris cet article. Personne (ou presque) n’aurait pu prévoir ça, et on ne sait pas quand cela s’arrêtera. Et lorsque cela s’arrêtera, cela reviendra etc… etc…

Je choisis de parler de XBB car c’est un ancien ETF donc j’étais capable de trouver des données jusqu’en 2001. C’est un très bon choix de fond pour votre portefeuille à 0,1% de frais. ZAG que je recommande ici est à 0,08% de frais et a des performances similaires mais qu’à partir de 2010. Les deux fonds suivent le même indice.

Il y a toujours de mauvaises raisons à ce qui va bien

Quand on écoute les analystes, les bonnes performances viennent toujours de raisons malsaines pour l’économie. On baisse trop les taux d’intérêts, on imprime et dévalue trop la monnaie, on s’endette trop etc… Oui! On ne peut qu’être d’accord avec eux et je le suis! Mais si ça monte, il faut monter avec et il vaut mieux monter dès le début. Plus vous embarquez tardivement sur la vague, plus ce sera douloureux quand ça chutera. Quand une correction arrive à -30% ou moins, je vous garantis que c’est plus facile à encaisser quand elle efface des gains passés, même si cela vous renvoie plusieurs années en arrière, plutôt que d’avoir votre capital fraîchement misé effacé. C’est psychologique mais c’est comme ça. On n’a jamais l’impression que c’est le bon moment pour investir, et on pense toujours que c’était plus facile pour la génération d’avant. : « Ah si j’étais né 20 ans plus tôt j’aurais investi dans les années 80-90 quand l’économie était bonne ou alors j’aurais acheté une maison à Vancouver. » Mais en réalité, depuis 2010 nous traversons l’une des périodes les plus fructueuses pour les raisons que l’on connaît (taux d’intérêts, impression de monnaie, Donald Trump et que sais-je…).

Les meilleures critiques sont celles qui dénoncent ces hausses de prix qui rendent les actifs inaccessibles à la jeunesse. Cet argument cible surtout l’immobilier car les actifs financiers sont à la portée d’à peu près tout le monde. Tout de même, je ne suis pas sûr que beaucoup de jeunes achetaient des actifs financiers entre 2000 et 2009 alors que les prix ont stagné à cette période. Pourquoi? Parce qu’ils ont stagné en moyenne long terme mais pas au jour le jour. C’était assez facile d’acheter avant la bulle et de tout voir s’effondrer 2 ans après. Sur le coup on ne réalise pas que « la moyenne sur les 10 ans est à 0% » parce qu’on ne sait pas où se trouve la fin des « 10 ans ».

Il y a toujours de bonnes raisons de ne rien faire

Qu’en est-il de l’Europe? Ce continent voué à la ruine avec des états surendettés, aux taux négatifs manipulés par des élites autocrates et, en fonction de qui les critique, avec des gouvernements communistes qui taxent tout ce qui bouge? (Je précise que je suis ironique car les commentaires que je reçois parfois manquent cette nuance). Sans chercher trop loin, voici le graphique du S&P Eurozone Sovereign Bond Index sur 10 ans:

Source

4,15% par an, je m’attendais à un massacre. L’Union Européenne et l’euro n’étaient-ils pas censés disparaître entre 2010 et 2012? C’est à peu près le même rendement qu’au Canada sur 10 ans. Que peut-on conclure de tout ça? Tout simplement que les obligations sont comme les actions, dans le sens qu’elles échappent aux prédictions. Et à chaque fois que vous pensez que la finance est déconnectée de la réalité, posez-vous la question suivante: les entreprises cotées ont-elles arrêté de faire des profits? Vous pouvez voir dans votre rue 5 petits commerces fermer et vous dire que l’économie va mal mais cela est-il mauvais pour Amazon? Pas de jugement de valeur ici ni d’idéologie, juste le fait simple et dur que Amazon est en bourse et pas les 5 petits commerces. La bourse ce n’est pas toute l’économie et ça ne l’a jamais été. Il n’est écrit nulle part que s’il y a du chômage, la bourse doit chuter. Les entreprises peuvent faire des profits malgré un faible taux d’emploi. L’économie peut aller mal pour une grande partie des individus en France ou au Canada sans que les multinationales n’arrêtent d’engranger des millions. D’ailleurs il est possible que vous manquiez d’argent parce que vous en donnez un petit peu trop à ces entreprises.

Par contre, les obligations remplissent bien leur rôle de base. Elles sont relativement stables et elles paient leurs intérêts mensuellement. Pourquoi avons-nous des obligations dans notre portefeuille? Pour avoir une dose de sécurité quand les actions font n’importe quoi et pour profiter aussi des corrélations négatives lorsqu’elles ont lieu. Oui, les obligations chutent aussi, fluctuent et dansent mais dans des proportions moins exagérées que les actions. Regardez 2020:

Source

Bon je n’aime pas trop ces graphiques qui ne montrent que les variations de prix sans inclure les dividendes ni les intérêts. Tout de même, en 2020, à partir de mars, obligations et actions dansent en tandem, montant et descendant en même temps. Il n’y a pas de corrélations négatives à proprement parler mais en réalité, les actions (ligne bleue épaisse) chutent tellement que vos obligations gagnent beaucoup en proportion de l’ensemble de votre portefeuille. De plus, le cours des obligations revient vite vers sa valeur de fin février, tandis que les actions prennent plus de temps. Cela veut dire que normalement, vous devriez transférer petit à petit l’argent de vos obligations à vos actions entre avril et mai environ et probablement entre septembre et octobre aussi. Il ne s’agit pas de regarder un graphique et de décider d’arbitrer judicieusement. Non il s’agit juste de ramener votre portefeuille à son allocation de départ. 40% obligations, contre 60% actions par exemple.

Chaque classe d’actifs que l’on inclue dans son portefeuille doit y être pour une raison (diversification, corrélations négatives, rendement). J’avais mentionné dans un précédent article que les FPI (SCPI ou REITS) avaient souffert en 2020 et voici ce qui a dû se passer dans un portefeuille qui contient les 3 classes d’actifs en question:

Les FPI en mauve devraient avoir dramatiquement baissé dans la part de votre portefeuille, et ce de mars à décembre, malgré un rebond en novembre. Encore une fois le graphique n’inclue pas les distributions de liquidités et les FPI en distribuent pas mal. Donc voilà une autre opportunité d’arbitrage entre les obligations et les actions vers les FPI. Même si on vous dit que les compagnies immobilières risquent de faire faillite, que les loyers ne rentrent pas et que les risques de pandémie dans le futur ralentiront le développement des projets de construction en complexifiant la nomenclature des contrats et des plans tout en exerçant une pression inflationniste sur la rémunération nette des architectes sur-qualifiés (ironie). Toutes les raisons sont bonnes pour attendre, pour garder votre argent au mauvais endroit et pour avoir peur. Pour moi, le pire des risques est de gagner au long terme du 0,5% en épargne plutôt que de perdre 20% à court terme. Sans aller jusque-là, les obligations ne vous auraient même pas fait perdre 20% au court terme. Elles ont toute leur place dans votre portefeuille, que vous ayez un profil conservateur ou agressif. Elles vous permettent en plus, d’avoir davantage de liquide à investir quand tout le monde fuie les actions ou une autre classe d’actif.

Avec un petit portefeuille (moins de 100 000$), ces arbitrages sont peu significatifs et vous pouvez les ignorer. Vos contributions mensuelles effectueront elles-mêmes ces arbitrages automatiquement si vous contribuez au fond qui chute le plus. Cependant, avec un portefeuille de 200 000$ par exemple, si vous épargnez 200 ou même 1 000$ par mois, c’est très bien mais cela ne vous permettra pas vraiment de profiter d’une chute comme en mars qui rebondit aussi vite. C’est pire si vous n’avez plus de revenus à cause de la crise, dans ce cas vous manquerez de liquide pour investir pendant la chute. En revanche, si vous vendez 20 000 ou 30 000$ d’obligations pour acheter des actions ou des FPI, là vous verrez l’influence au moment du rebond. C’est quelque chose que vous ne pouvez pas faire si vous êtes 100% en actions. Et si vous aviez des liquidités en attente dans un compte d’épargne, je doute que celles-ci aient grossi autant que si vous les aviez placées en obligations. Je doute aussi que vous auriez eu un si bon rapport rendement/volatilité avec de l’or. Finalement, je ne mentionnerai même pas le temps qu’il vous faudra pour vendre un appartement pour libérer les fonds nécessaires. Encore une fois, il ne s’agit pas de jouer le marché, juste de rééquilibrer le portefeuille.

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