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Que faire de nos vieux jours?

L’idée de la retraite est en pleine transformation dans les sociétés modernes. Plusieurs pays entreprennent des réformes de leur système de retraite car nous vivons de plus en plus vieux et les carrières sont de moins en moins stables. Plus de 40% des jeunes pensent ne JAMAIS toucher de retraite plus tard. Il y a un pessimisme ambiant sur ce sujet et probablement à juste titre, quoiqu’un peu exagéré. C’est vrai que c’est plutôt déprimant lorsqu’on a 30 ans et qu’on sait d’avance qu’il faudra travailler plus longtemps pour des montants moindres. Jetons un coup d’oeil rapide aux réformes récentes dans quelques pays:

  • En France la réforme actuelle prévoit un malus si on prend sa retraite à 62 au lieu de 65 ans, et on essaie de trouver un système de points qui permettra de prendre en compte les nouveaux types de carrière.
  • Au Canada le gouvernement fédéral prévoit, dès 2019, une augmentation progressive des cotisations pour le régime de pension. Tous les employeurs et les employés cotiseront plus en échange de la promesse de plus gros paiements.
  • Au Royaume-Uni, l’âge de départ est passé de 65 à 66 ans cette année pour les Britanniques nés avant 1970. Ceux qui sont nés après cette date devront atteindre les 68 ans avant d’avoir droit à leur retraite.

Les limites du système centralisé

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Photo de rawpixel.com sur Pexels.com

Je ne pense pas que le système de retraite disparaîtra, mais il semble que dans le futur, nous devrons le considérer comme un supplément de revenus plutôt que comme la base de nos revenus.

Un système centralisé est pourtant plus apte à mieux investir notre argent dans un fond géant, sans frais, sans taxes et avec un horizon quasi infini qui permet une prise de risque plus grande. Le problème est qu’il ne peut pas répondre aux différentes situations des millions de citoyens qu’il prend en charge. Au final, on ne peut pas penser à la place des individus et les satisfaire entièrement.

Comment prendre en compte à la fois la retraite d’une mère au foyer ou d’une mère célibataire et celle d’un artiste qui enchaîne des contrats irrégulièrement? Comment un chauffeur Über devrait-il cotiser pour sa retraite, est-il salarié ou indépendant? Comment prendre en compte les revenus des individus mais aussi leur capital pour calculer les prestations? En parlant de capital, êtes-vous riches si vous avez une maison de 2 millions mais 0$ en banque? Êtes-vous pauvres si vous avez un portefeuille de 2 millions mais que vous vous débrouillez pour ne tirer que 55 000$/an de revenus, touchant ainsi les aides de la classe moyenne? Je sors un peu du sujet mais ce sont les mêmes problèmes qui se posent pour le calcul des prestations de retraite, et pour les injustices perçues lorsqu’un système central a la responsabilité de gérer des cas aussi opposés.

Finalement il y a bien entendu le problème des déficits. Peut-on en bonne conscience prendre sa retraite, même avec des montants faibles, lorsque l’on sait que ce sont nos enfants qui auront encore moins, soit en travaillant avec des cotisations et des impôts augmentées, soit à la retraite avec des prestations plus basses?

FIRE in the hole

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Photo de burak kostak sur Pexels.com

C’est probablement pour toutes ces raisons que l’indépendance financière est devenue un mot si fréquent dans certains milieux d’internet. Ce n’est pas quelque chose dont on entendait souvent parler auparavant. Or, depuis quelques années, de vrais mouvements se constituent autour de cette idée, et ce blog en fait même partie.

Recherchez sur Google ou sur n’importe quels réseaux sociaux le terme FIRE pour Financial Independance, Retire Early et vous verrez que cette philosophie et ce mode de vie est une réalité pour de plus en plus de jeunes: des retraités à 35 ou 40 ans qui diversifient leurs sources de revenus passifs et qui investissent pour la plupart dans des portefeuilles passifs ou de l’immobilier locatif. L’un des pionniers est Mr Money Mustache, un Canadien qui a pris sa retraite dans sa trentaine et qui explique comment y arriver. Pour ma part, j’ai connu ce mouvement assez récemment et après seulement avoir fait mon propre plan d’indépendance financière. La méthode est à peu près la même partout: vous devenez frugal, c’est mieux si vous gagnez votre vie de manière stable, et vous investissez passivement pour des revenus passifs.

Le mouvement a attiré des gens aux motivations variées. On y trouve des minimalistes, des écologistes ou des « nouveaux capitalistes » (je ne sais comment les appeler) qui reconnaissent les vertus du capital mais non de la surconsommation et du gaspillage. Il faut aussi le dire, il y a sûrement aussi des radins compulsifs qui y trouvent leur compte et beaucoup d’autres qui aiment juste l’idée d’être indépendant face à l’argent. Peu importe les motivations, leur point commun est qu’ils estiment tous que la qualité de leur vie ne passe pas par de plus gros revenus. Ils échangent des revenus futurs qu’ils auraient gagnés en travaillant plus longtemps, contre du temps pour eux ou en famille. C’est un grand changement de philosophie. Ils acceptent aussi l’idée que la classe moyenne a largement suffisamment de quoi pour bien vivre.

Il faut aussi avouer que le mouvement est alimenté par des performances exceptionnelles sur les marchés financiers depuis 2010, notamment aux États-Unis. Je ne sais pas si cette forme de retraite longue par capitalisation à la sauce maison sera aussi populaire après une belle correction des marchés ou une récession. Ceux qui auront un portefeuille bien diversifié et pas surexposé aux actions s’en sortiront, voire s’enrichiront, quant aux autres… il faudra peut-être retourner travailler un moment.

Je suis toujours un peu surpris sur Twitter du « faible » montant du portefeuille (500 000 ou 700 000$) de certains qui décident de prendre leur retraite à 31 ans ainsi que du « faible » revenu qu’ils en tirent (22 000/an pour un couple parfois). Leur raisonnement est qu’ils sont minimalistes, qu’ils vont le rester et qu’en grossissant, leur portefeuille les paiera mieux dans 10 ans. Mais pour cela ils prennent beaucoup de risques, conservent un profil agressif malgré le fait qu’ils n’ont plus de travail et un capital encore « faible ». Beaucoup de jeunes qui n’investissent que depuis 6 ou 7 ans, n’ont jamais connu de rendements négatifs dans une seule année ni de baisse voire suppression de dividendes. Le pire pour eux serait de retourner travailler au salaire minimum ou de reconstruire une carrière à 45 ans.

Tout ça dans quel but?

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Photo de Pixabay sur Pexels.com

La plupart des partisans de l’indépendance financière font l’apologie de la frugalité et effectivement, malgré un capital important pour leur âge, ils prennent leur retraite avec des revenus plutôt moyens, du moins au départ. Même si certains passent leur temps à voyager, ils vont rarement en première classe ni dans des hôtels 5 étoiles. Derrière cette idée un peu idéaliste de fausse oisiveté à temps plein et de vieux rêves à réaliser, il y a aussi, je pense, une crainte ou une certitude que personne d’autre que soi-même n’arrive à mieux s’occuper de ses propres affaires. C’est peut-être là que la promesse de l’indépendance financière est la plus fragile. Sommes-nous tous capables de nous occuper de nous-même? Est-ce vraiment, collectivement, ce que la majorité des gens aimeraient? Lorsque j’entends quelqu’un qui gagne 100 000$/an dire qu’il travaille beaucoup, qu’il ne peut pas mettre un sou de côté et qu’il paie trop d’impôts, cela ne signifie pas qu’il a envie d’arrêter d’acheter des voitures neuves, des écrans géants et des téléphones portables hors de prix pour créer un fond d’urgence et investir dans des ETFs. Cela signifie juste qu’il aimerait dépenser et consommer comme il le souhaite, voire plus, et que ses contraintes imprévues soient prises en charge par quelque chose d’autre (assurances, crédit, gouvernement, famille, caisse de retraite…).

L’indépendance financière, quelque part, fragilise le système collectif de retraite car en arrêtant de travailler, il y a encore moins d’actifs pour cotiser (quoiqu’ils n’auront pas une grosse retraite non plus).  Mais du point de vue d’un minimaliste, ce système collectif ne lui correspond pas car il ne peut pas investir via les véhicules de retraite habituels. En effet, à quoi lui sert d’avoir son argent bloqué jusqu’à ses 55 ou 65 ans s’il compte prendre sa retraite à 40? Il y a tout un nouveau système à redéfinir entièrement pour prendre en compte ces réalités qui émergent et pour concilier deux générations qui divergent de plus en plus dans leur rapport au monde.

Si vous voulez entreprendre ce projet d’indépendance financière, il vous faut vraiment réfléchir à tous ces aspects. Le travail, bien que contraignant, nous maintient à un certain niveau de compétence, et nous entretient dans un réseau social. Il nous prend aussi une bonne partie de nos journées et si on l’enlève de nos vies, il y a un déséquilibre automatique qui se produit, qu’il faut anticiper pour bien le vivre. Ce n’est pas l’idée d’être « riche » qui est importante dans l’indépendance financière, mais surtout de savoir comment vous comptez occuper votre temps à 20, 30, 40, 50, 60, 70, 80 ans et plus? Si vous n’en avez aucune idée et que le fait même d’y penser vous effraie un peu, c’est peut-être mieux de laisser le système centralisé s’en occuper et de ne pas trop le critiquer en retour.

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