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Comment répartir ses actifs?

Nous avons vu ici comment la diversification éliminait une bonne partie des risques en stabilisant les mouvements excessifs à la hausse et à la baisse (la volatilité) et en maintenant le portefeuille autour de sa moyenne. Maintenant nous allons plonger un peu plus dans le côté pratique et nous allons commencer à créer des modèles de portefeuilles que vous pourrez vous-même mettre en place.

Regarder au delà des frontières…

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Photo de the happiest face =) sur Pexels.com

Tous les investisseurs auraient vraiment intérêt à investir globalement dans un souci de diversification identique à celui de la théorie du portefeuille moderne. Les pays ont des économies spécifiques avec des secteurs forts et des secteurs faibles. Parfois, une zone du globe va avoir des performances stellaires tandis que d’autres zones souffriront. Un peu comme notre exemple de Rubboots et Sunburn. Le Japon a été la star des années 1980 avant de plonger, les États-Unis ont défié la gravité dans les années 90 avant de sombrer dans la décennie perdue, le Canada et les marchés émergents pavoisaient avec leurs matières premières en 2000-2014, et les cycles se poursuivent avec maintenant les États-Unis qui semblent reprendre la tête des opérations. Peu importe la zone du globe qui semble être favorisée par les caprices des mouvements boursiers, il faut être positionné partout.

Voici un tableau comparatif de l’importance des secteurs dans les économies des USA, de la France, du Canada, des marchés Europe/Pacifique, des marchés émergents et du monde. Vous pouvez ainsi comparer les secteurs de ces trois pays par rapport à leur importance globale:

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Si vous n’investissez qu’au Canada, votre portefeuille sera surexposé dans les secteurs de l’énergie (18% contre 5,96% dans le monde), des matières premières et de la finance mais vous passerez à côté d’à peu près tous les autres secteurs surtout la santé, les biens et services à la consommation.

La France est plus équilibrée et est particulièrement performante dans les biens de consommation notamment grâce au secteur du luxe. Mais les secteurs financiers et technologiques manquent de poids.

Les USA aussi ont un déficit dans le secteur financier mais leur marché est le plus diversifié. C’est plutôt normal car ils représentent à eux seuls près de 40% du poids du marché mondial. Mais notons qu’ils sont particulièrement performants en technologie (Google, Amazon Facebook, Apple, Microsoft…) et en télécommunications.

En conclusion, seuls les Américains pourraient vraiment se permettre de n’investir que dans leur pays pour une bonne diversification par secteurs d’industrie. Mais même eux devraient considérer les autres marchés pour échapper aux périodes pessimistes qui parfois frappent un pays entier avec ou sans raisons valables. J’aimerais aussi insister sur le fait que toute cette diversification globalisée n’élimine pas le risque et les fluctuations. Elle les réduit. Les économies nationales étant de plus en plus inter-dépendantes, il y aura des moments où tout plongera en même temps comme en 2008. C’est pour cela que les obligations ont toute leur importance.

 

…tout en favorisant les produits maisons

close up photo of woman holding cupcakes in cupcake tray

Photo de rawpixel.com sur Pexels.com

Une fois que l’on a compris pourquoi investir à l’étranger était important, il ne faut pas non plus négliger les avantages qu’il y a à tout de même favoriser les industries nationales. Alors on peut être patriotique et vouloir aider son pays, mais il y a surtout l’argument fiscal qui compte. Rappelez-vous des dividendes, ce cadeau fiscal que le gouvernement canadien fait aux classes moyennes. Vous pouvez gagner jusqu’à près de 47 000$/an en dividendes uniquement sans être imposé. Hé bien ce cadeau fiscal ne marche qu’avec des dividendes issus de compagnies canadiennes. Les dividendes étrangers n’ont pas de crédit d’impôt spécial. Alors même si le Canada ne représente que 3 ou 4% du marché boursier, il y a de bonnes raisons pour qu’un résident canadien lui donne un poids plus conséquent dans son portefeuille, disons 20-25% par exemple.

Sans m’être penché sur la question, je suppose que la France aussi, à sa manière, favorise les dividendes nationaux. Je sais que la culture est surtout à la prudence (comptes sur livret, obligations), et qu’aussi ce pays subit de grosses pressions internes pour imposer le capital plus durement qu’il ne le fait déjà (retour de l’ISF par exemple). Mais il y a tellement de niches fiscales dans son système qu’il doit y avoir un ou plusieurs moyens de s’en tirer (assurances vie, PEA…).

 

Quels taux peut-on espérer?

Investir au Canada, aux USA ou dans les marchés développés en général rapporte à peu près la même chose sur des périodes de 20 ans et plus. Le marché américain tourne dans les 10% en moyenne depuis sa création en incluant les dividendes. Voici les rendements auxquels on peut s’attendre en se basant sur les moyennes passées. Je ne pourrais jamais assez mettre l’accent sur le côté long terme de ces chiffres. Ces moyennes ne tiennent que si vous restés investis des décennies sans retirer vos billes. Une fois que vous intervenez dans votre portefeuille, votre rendement personnel sera toujours différent du rendement indiciel.

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La seule raison pour laquelle je mets le rendement des actions canadiennes au-dessus est pour compenser le surcoût inhérent aux investissements à l’étranger. Je dois encore ajouter que ces taux sont plus facilement atteints via un style passif et non par de la gestion active. Une autre manière de dire qu’il ne faut pas y toucher (je me répète), ni laisser un gestionnaire y toucher, et qu’il faut garder les coûts le plus bas possible.

 

Conservateur, équilibré ou agressif?

 

Vous êtes presque prêt à monter votre portefeuille, il ne vous reste plus qu’à savoir comment répartir vos actifs en fonction de votre profil de risque. Là tout dépend de votre âge, de votre capacité à fermer les yeux sur des pertes de 15 ou 30%, ou mieux, d’investir lors de ces pertes. Il existe trois grands profils type que les banques ont façonnés pour répondre à ce besoin.

  • Le profil conservateur

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Photo de rawpixel.com sur Pexels.com

Ce profil convient aux personnes qui ne veulent ou ne peuvent pas prendre de risques. Plus vous approchez de l’âge de la retraite, plus votre goût du risque devrait baisser. Vous avez moins de temps pour le fameux long terme et pour rebondir après une chute boursière, et vous cherchez plus à préserver votre capital qu’à l’agrandir. Donc c’est un profil que l’on retrouve souvent chez les 50 ans et plus.

Il n’y a rien de mal à avoir 30 ans et à avouer que l’on préfère être conservateur car on déteste le risque. Il vaut mieux le savoir, se le dire franchement, plutôt que de vendre et tout abandonner au pire moment. Avec du temps et beaucoup d’épargne, même un profil conservateur peut atteindre son indépendance financière.

Finalement, si vous avez un énorme capital qui vous fait déjà bien vivre, pourquoi le risquer davantage? Ce point de vue est paradoxal car bien souvent, les grandes fortunes sont tellement habituées à la gestion du risque, qu’elles continuent à en prendre et bien plus que les petits portefeuilles qui craignent de perdre ce qu’ils ont mis si longtemps à amasser.

Le profil conservateur va avoir plus de la moitié de son portefeuille en obligations gouvernementales. De 80 à 60% d’obligations contre 20 à 40% d’actions.

 

  • Le profil équilibré

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Photo de Chevanon Photography sur Pexels.com

Probablement le plus répandu, ce profil correspond aux personnes qui comprennent la nécessité de prendre des risques (pour lutter contre les 3 forces négatives) sans toutefois y aller trop fort. On y trouve des jeunes comme des anciens et c’est probablement le portefeuille éternel que l’on peut se permettre de garder toute sa vie, à condition d’avoir tout de même suffisamment amasser avant sa retraite.

C’est aussi la répartition parfaite des actifs pour un REEE si vous le débutez dans les premières années à partir de la naissance de vos enfants.

Les obligations vont occuper 50 ou 40% contre 50 à 60% d’actions.

 

  • Le profil agressif

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    Photo de Lukas sur Pexels.com

Si vous avez compris le principe, c’est le profil des plus jeunes et des plus confiants dans l’avenir. Il y a pleins de raisons qui expliquent pourquoi quelqu’un peut prendre plus de risques que les autres. Si vous et votre conjoint(e) avez chacun une belle pension garantie à votre retraite, vous pouvez vraiment y aller à 100% en actions. Cependant je ne suis pas convaincu que ce soit vraiment beaucoup plus rentable comparé au risque psychologique de craquer au pire moment. De plus, comme je l’ai déjà brièvement expliqué dans un article précédent, les obligations peuvent aider à doper votre rendement en profitant des grosses baisses historiques des marchés. J’y reviendrai plus en détails une autre fois. Je pense donc qu’il faut toujours au moins une faible part d’obligations.

Donc 10 à 30% en obligations contre 90 à 70% en actions.

 

Quels taux peut-on espérer?

Le profil agressif est forcément le plus risqué et il a le meilleur rendement au long terme. Mais c’est impossible de savoir s’il vous correspond tant que vous n’avez pas vécu de pertes. Si vous suivez les modèles de portefeuille de style passif que je recommande, que vous êtes diversifiés dans tous les secteurs, dans toutes les régions du monde et que vos coûts sont bas, vous risquez d’avoir la fausse impression que les marchés sont assez stables. 2015 a été difficile pour beaucoup d’investisseurs canadiens à cause de la chute des cours du pétrole. Mais avec juste 25% de mes actions au Canada et le reste du monde qui montait, je ne l’ai pas senti passé. La période récente (octobre et décembre 2018) avec la guerre commerciale Trump-Chine a vu tous les marchés chuter. Certaines actions ont vraiment perdu beaucoup, mais au niveau des indices on a vécu que du -5% et beaucoup d’investisseurs peuvent facilement supporter ces pertes. Par contre, lors de l’éclatement d’une bulle vous n’êtes pas à l’abri d’un -40 ou -50% au plus bas de la crise. Il faut garder ces chiffres en tête avant de s’auto déclarer « profil agressif ».

Les données suivantes ne sont tirées que des performances du marché US. Voici les rendements de 4 portefeuilles différents basés sur les performances entre 1925-2010, soit 85 années de données (j’avais dit long terme n’est-ce pas?):

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Bien-sûr les performances du passé ne seront pas celles du futur mais à ce degré de recul, et puisqu’on vise des moyennes, il y a de bonnes raisons d’espérer ce genre de rendement et de pertes. Gardez en tête que ces portefeuilles n’étaient pas géographiquement diversifiés. Il n’y a pas d’autres investissements qui permettent de gagner en moyenne entre 6 et 9% annuellement pendant 85+ ans sans efforts.

Alors maintenant c’est à vous de choisir comment vous allez répartir vos actifs en fonction de votre profil. C’est probablement le plus gros travail de style théorique que vous avez besoin de faire pour réussir votre carrière d’investisseur: comprendre et accepter la philosophie de l’investissement passif, trouver votre profil de risque, et établir votre mix d’obligations et d’actions. Une fois que vous vous êtes décidés, le plus dur est fait. Nous verrons prochainement quels produits choisir et vous pourrez vous lancer!

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