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La gestion du risque par la répartition des actifs

La répartition des actifs est peut-être le plus important et le seul élément de théorie financière qu’un investisseur comme vous et moi devrait connaître.

Qu’est-ce qu’un actif?

Un actif financier est globalement quelque chose que vous possédez. Vous pouvez le conserver et estimer sa valeur ou le vendre et empocher sa valeur. Un bon actif va s’apprécier avec le temps. C’est à dire qu’il va soit conserver sa valeur au rythme de l’inflation ou en prendre encore plus et générer un gain réel.  À l’inverse, tout ce que vous devez rembourser à quelqu’un est un passif. Le passif c’est votre dette, l’actif c’est l’ensemble de vos biens et votre capital net c’est la différence entre les deux.

  • Les classes d’actifs

On peut diviser les actifs qui se ressemblent en plusieurs catégories et sous catégories. Ce sont les classes d’actifs. Voici une liste des principales classes d’actifs que l’on peut trouver:

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Comme souvent les sous catégories peuvent être encore divisées et certaines classes d’actifs sont hybrides. Par exemple, les FPI ou les futures sont liés à des valeurs immobilières mais leur mode de fonctionnement est mobilier.

 

Chaque classe a son propre risque, nécessite un certain horizon d’investissement et a une fourchette de rendement moyen au long terme. Elles ont leurs propres caractéristiques et à force de les observer, des économistes mathématiciens comme Harry Markowitz ont essayé de trouver s’il y avait un mélange optimal possible qui réduirait le risque tout en gardant un bon potentiel de rendement. C’est la théorie du portefeuille moderne (1952 quand même). Tout tourne autour de la diversification et je vais donner un exemple simple pour l’illustrer.

Imaginons une île avec 2 industries principales. Rubboots produit des bottes de pluie et Sunburn est un resort de luxe sur la plage. Ces deux entreprises sont corrélées car elles réagissent au même facteur de risque (le climat) mais de manière opposée (corrélation négative). Durant la saison des pluies, Rubboots a une augmentation de ses ventes tandis que Sunburn n’a pas de réservations. À l’inverse, Sunburn a plus de clients durant la saison sèche mais Rubboots ne fait aucune vente. Après plus de 20 ans d’existence on a remarqué les performances moyennes suivantes:

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Louis, un investisseur se demande dans quelle compagnie il ferait mieux de placer ses 10 000$ alors il fait les calculs suivants:

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Quoiqu’il fasse, Louis aura un rendement de 12,5% mais il subira de fortes variations dans son portefeuille qui pourraient soit le rendre hyper euphorique (+50%), soit le déprimer (-25%). C’est la réalité des actions. Le rendement moyen long terme est souvent éloigné des fluctuations quotidiennes. Elles montent si haut et descendent si bas qu’il est parfois difficile, au jugé, de trouver le rendement moyen (surtout que 12,5 n’est même pas le milieu de 50 et 25, c’est le quart de 50 et la moitié de 25, mais c’est bel et bien la moyenne de 50 et de -25).

Selon la théorie du portefeuille moderne, notre ami Louis devrait profiter de la corrélation (ou covariance) négative entre ces deux actions. Au lieu d’investir tout son argent dans l’une ou l’autre entreprise, il devrait répartir ses 10 000$ entre les 2 compagnies. Voici ce que ça donnerait:

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Louis a sagement réparti ses actifs et il aura le même rendement mais son portefeuille global ne subira plus de pertes. Ses gains ont lieu durant la saison des pluies (ou la première saison dans laquelle il a investi) et durant la saison sèche ses performances s’annulent. Son portefeuille sera plus stable, Louis sera plus rassuré et il vivra mieux son risque (qui est toujours présent).

Cet exemple montre qu’il existe une dose de risque que l’on peut éliminer par la diversification sans trop sacrifier de performance. Bien-sûr, l’exemple est trop parfait et purement théorique, mais l’idée derrière fonctionne globalement. C’est à partir de cette idée que nous établirons les deux classes d’actifs principales qui devraient constituer nos portefeuilles: les obligations et les actions. Ces deux actifs ont une corrélation négative et stabilisent un portefeuille sans nécessairement trop baisser le rendement. Regardez dans le graphique ci-dessous comme la courbe bleue des obligations s’inverse si bien avec celle rouge des actions.

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Source: pragmatic capitalism

 

La théorie à l’épreuve de la réalité

Il est facile de vérifier si cette théorie fonctionne en comparant les performances d’indices boursiers ou de fonds indiciels dans le passé. Je vais choisir volontairement une période difficile pour beaucoup d’investisseurs. Entre 2001 et 2010, deux crises boursières ont eu lieu qui ont valu à cette époque le nom de décennie perdue. En effet, à peine remis de l’éclatement de la bulle internet en 2001, les marchés replongeaient en 2008 sous l’effet des subprimes. C’est donc la période parfaite pour vérifier si notre diversification aiderait à encaisser le choc.

Utiliser des fonds indiciels est déjà une bonne manière de diversifier une classe d’actif. Plutôt que d’investir dans 10 ou 15 compagnies individuellement, vous les achetez toutes. Imaginons maintenant 10 000$ répartis en 4 fonds distincts. 40% suivent un indice d’obligation canadienne (DEX Universe), et 60% sont en actions. Pour encore plus de diversification, les actions sont aussi réparties par secteurs géographiques du globe: 20% au Canada (S&P/TSX Composite), 20% aux États-Unis (S&P 500), 20% dans les marchés développés d’Europe et d’Asie-Pacifique (MSCI EAFE)

Capture d’écran 2019-04-01 à 22.32.19.pngSource: Canadian Couch Potato

3,68% annuel n’est pas un taux extraordinaire mais nos obligations ici ont joué leur rôle majeur de stabilisateurs en allant à l’inverse des marchés. Les actions canadiennes ont aussi eu une corrélation négative avec le reste du monde à cette période. La pire année pour le portefeuille est 2008 avec -14,22%. Si vous savez un peu ce que 2008 représente pour le monde de la finance, vous seriez heureux avec -14,22% de perte uniquement. La meilleure année est 2006 avec 12,86%. Au niveau des actifs individuellement, c’est une autre sorte de danse. 2008 reste la pire année avec les actions canadiennes (CDA) à -32,9% et en 2009 elles ont leur meilleure année avec 34,6%. Vous auriez eu un meilleur rendement (8,55%) en investissant 100% de votre argent dans les actions CDA à cette période, mais vous auriez connu de si grandes variations que le risque que vous craquiez au mauvais moment aurait tout gâché. De plus, comment prédire d’avance que le Canada allait sur performer toute cette période? Ce n’était pas du tout le cas auparavant. La star des années 90 étaient les actions US qui pourtant là ont perdu 40% de leur valeur en 10 ans. Les variations à l’intérieur des classes d’actifs sont grandes mais leurs corrélations négatives stabilisent le portefeuille. En vous positionnant sur tous les secteurs, vous ne faîtes pas de paris douteux sur l’avenir, ni de prédictions faussement confiantes sur qui sera le meilleur et qui il vaudrait mieux abandonner. La réalité est que vous n’en savez rien, et d’ailleurs, les experts non plus.

En rétrospective on peut dire que le choix du moment ici est malheureux, car investir en 2001 coïncide avec l’éclatement de la bulle internet sans avoir pu profiter de cette bulle auparavant. Mais le but est de démontrer que malgré cette bulle et la célèbre crise de 2008, un portefeuille diversifié en obligations et en actions, et bien réparti géographiquement peut produire des gains tout en restant relativement stable. Vous trouverez toujours quelqu’un pour vous dire que ces fonds indiciels et autres FNB sont tellement diversifiés qu’ils ne rapportent rien par rapport à un portefeuille d’actions individuelles. N’oubliez jamais qu’une action individuelle peut tomber à 0 et disparaître peu importe sa renommée. Amazon qui est si populaire maintenant avait perdu entre 2000 et 2002 jusqu’à 98,7% de sa valeur idem pour Yahoo avec 96,4%. Pouvez-vous encaisser de tels chocs? Un portefeuille de 1 million vaudrait 13 000$. En achetant tout le marché, vous éliminez le risque ultime de la faillite individuelle. C’est la même histoire pour les obligations. On vous dira parfois qu’elles ne rapportent rien, qu’avec les taux d’intérêts qui vont monter elles ne peuvent que chuter, etc… Oui, c’est vrai, mais le but est de profiter de leur stabilité voire de leur tendance à monter quand tout le monde descend.

Voilà pourquoi ce modèle de portefeuille est si simple à gérer. Vous le mettez en place, vous l’alimentez automatiquement et vous l’oubliez. Heureusement que toutes les décennies ne ressemblent pas à 2001-2010 et celle de 2011-2020 s’annonce nettement meilleure. Cependant, dans de futurs articles je vous montrerai comment profiter des mauvaises décennies et comment surfer sur les bonnes.

 

 

 

 

 

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