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Combattre les frais d’investissement : le cas des fonds mutuels

Le premier fond mutuel apparaît en 1774 à la suite d’une importante crise financière en Europe. C’est un produit qui a bien des avantages dont notamment l’accès simplifié à un portefeuille diversifié, ou la possibilité de pouvoir commencer à investir par de petites sommes. C’est incontestable que le développement des fonds mutuels a largement contribué à la démocratisation des investissements boursiers. Ils ont rendu accessible ce que seuls les plus riches pouvaient se permettre. En 1990, les Canadiens avaient une dizaine de milliards de leurs économies placés en fonds mutuels, comparé à 1411 milliards en 2017. C’est le choix de véhicule boursier de prédilection et cela se comprend.

 

Quels sont leurs avantages ?

Le principe même du fond mutuel est de rassembler l’argent de plusieurs personnes et de l’investir en fonction d’une stratégie pré établie. Lorsque vous achetez une part du fond, vous possédez une fraction de chaque action contenue dans le fond. Ce simple fait déclenche une série d’avantages non négligeables.

 

  • La diversification instantanée

En une transaction vous pouvez investir dans des dizaines, centaines ou milliers d’actions d’un coup. La diversification est essentielle pour la stabilité générale de votre portefeuille et pour votre bien-être psychologique.

 

  • La réduction des coûts

Se diversifier en une transaction évite de payer les multiples commissions nécessaires à la construction d’un portefeuille diversifié. Si vous investissez une fois par an, que vous payez 10$ de commission par achat d’actions et que votre portefeuille contient 15 actions, vous venez d’économiser aux alentours de 150$. Si vous investissez une fois par mois, ce sont 1 800$ qui sont économisés à l’année.

 

  • L’accessibilité

Imaginons que vous voulez acheter 10 des plus grosses compagnies canadiennes pour débuter votre portefeuille. Voyons combien cela coûterait :

Tableau des banques canadiennes et prix des actions

Si on ajoute 10$ de commission par achat, il vous faut donc un minimum de 861$ pour faire votre premier investissement et probablement plus pour le suivant. Si vous cherchez à ajouter Google, il vous faudra sortir 1 160$ US supplémentaires.

Beaucoup de fonds mutuels qui investissent au Canada possèdent ces 10 compagnies et un investisseur peut les acquérir pour 25$ ou 35$ sans payer de commissions. Ces prix sont parfaits pour les jeunes qui démarrent dans la vie ou qui étudient encore, et qui n’ont plus besoin d’attendre des mois d’épargne avant d’investir.

  • L’engagement au long terme

L’achat des fonds mutuels est assez différent des ordres boursiers habituels. Vous ne voyez pas les prix fluctuer durant la journée et vous ne pouvez pas passer d’ordres instantanées. Pour investir, vous signifiez à votre banque que vous voulez acheter pour 500$ dans un fond et l’ordre est traité durant la journée. C’est souvent le lendemain que vous pouvez constater votre achat sur votre écran. Ce délai peut être perçu comme un inconvénient mais pour beaucoup d’investisseurs cela permet de ne pas prendre de décisions sous la panique.

De plus, la plupart des fonds mutuels imposent des frais en cas de transactions trop rapprochées. Souvent, lorsque vous achetez puis vendez les mêmes parts dans le même mois. Ces frais servent à éviter la spéculation (même si ce serait mieux d’éviter les frais).

Quel est le problème avec les fonds mutuels ?

  • Les frais en tout genre

En vérité les fonds mutuels traditionnels sont un peu dépassés. Bien qu’ils aient permis de réduire certains coûts ces 200 dernières années, ils demeurent plus chers que d’autres produits comme les fonds négociés en bourse (FNB, ou ETF ou trackers), ou les fonds mutuels indiciels. Le principe de ces nouveaux produits demeure le même qu’avec les fonds mutuels mais leur structure ou leur style de gestion réduisent grandement leurs coûts. Au Canada, les frais des fonds mutuels tournent autour de 2 à 2,5% par an et ce n’est pas rare d’en trouver des plus chers. De plus, le montant total des frais n’est pas facile à trouver ni à comprendre. Vous avez des frais d’entrées, de sortie, de gestion, de contribution. Certes ce ne sont pas tous les fonds qui chargent tous ces frais, mais il faut toujours chercher ce chiffre quelque part sur le site ou le prospectus et il a un nom obscur comme Ratio des Frais de Gestion ou Management Expense Ratio en anglais. Parfois il est juste indiqué avec l’anagramme RFG ou MER.

Voici un avertissement que l’on peut trouver au bas de la page de présentation d’un fond géré par la Société Générale en France :

« Le chiffre des frais courants représente les coûts d’exploitation de l’OPCVM. Il correspond selon le cas à un montant estimé (s’il n’est pas jugé pertinent ou à la création d’un OPCVM) ou au montant prélevé lors du dernier exercice. Les frais courants sont donc susceptibles d’évoluer dans le temps ; ils font en outre l’objet d’une mise à jour, au moins une fois par an (…) »

  Cela signifie que les frais que vous voyez actuellement sur leur site peuvent évoluer au cours de l’année et que vous ne saurez jamais exactement ce que vous allez payer. Ce n’est pas très rassurant je trouve.

Mais alors pourquoi certains fonds sont-ils incapables de prévoir leurs propres coûts?

  • La gestion active

       1- sous performance…

La gestion active d’un fond ne posait pas de problème avant 1974 et la création du premier fond indiciel. Gérer activement un fond signifie qu’un expert en finance établit une stratégie, effectue des recherches, place des ordres de vente et d’achat en fonction de ses analyses et prédictions. Cette gestion est présentée comme un avantage par l’industrie financière car elle fait comprendre au public que seul un professionnel peut investir dans ce milieu sans se brûler. Malheureusement pour eux, depuis l’existence des fonds indiciels, il est possible de comparer les performances de ces gérants et celles-ci finissent toujours au long terme par être inférieures à la performance moyenne du marché dans sa globalité.

       2- …sur activité…

Le problème avec les gérants professionnels sont les frais que toute leur activité génère. Au final, le meilleur gestionnaire doit obtenir des taux supérieurs à ceux du marché et supérieurs aux frais que charge le fond. Si un fond charge 2,5% et que le marché gagne 12%, le gérant doit en gagner 14,5% juste pour être à égalité. C’est une tâche quasi impossible pour un même gestionnaire au cours d’une carrière. Bien-sûr que plusieurs gérants y parviennent et plusieurs années de suite, mais au cycle économique suivant ces mêmes gérants ont tendance à sous performer, et de loin, jusqu’à la disparition de leur fond (souvent celui-ci est habilement fusionné avec un autre fond et on oublie statistiquement ses mauvaises performances).

       3- …et surcoût

Si la gestion active se contentait d’acheter quelques actions et d’attendre, les conséquences pour votre portefeuille serait certainement meilleures. Malencontreusement, le but du jeu est d’être proactif, de prédire les mouvements du marché, de se positionner favorablement et de se débarrasser des perdants. Sinon comment justifier ce travail et ce salaire ? Alors le gérant achète et vend beaucoup. Même s’il s’avère que votre gérant est un génie et qu’il fait toujours les bons choix, toutes ces transactions ont un impact en terme de coûts et de taxes. Les frais de transactions sont gracieusement retransmis aux investisseurs (en plus des frais de gestion) et votre fond se fait taxer l’année suivante pour les gains de capitaux que votre génie a réussi à produire. Souvenez-vous, dans cet article je conseillais de réaliser le moins possible les gains et de les laisser s’accumuler pour éviter d’être inutilement taxé. Inutilement ? Mais ce sont des gains me direz-vous, j’ai été taxé mais j’ai gagné. Certes, mais si vous avez encore 20 ou 40 ans d’investissement devant vous, qu’allez-vous faire de ce gain ? Le réinvestir comme la plupart des investisseurs en phase d’accumulation, et vous auriez raison. Pourquoi avoir vendu si c’est pour racheter ? Vous venez juste de perdre en taxes pour rien. Il n’est pas rare que le gérant se retrouve à racheter en milieu d’année une action qu’il a vendue en début. Je le répète, réaliser un gain ne sert que si vous avez besoin de revenus pour le dépenser ou si vous avez la possibilité de transférer vos actions d’un compte taxable à un compte non taxable (REER, CELI)… et encore, cela dépend du montant. La fortune de milliardaires comme Marck Zuckerberg ou Jeffrey Bezos est importante car ils n’ont que rarement réalisé leurs gains.

 

Quelle alternative aux fonds mutuels ?

L’idée ici est de trouver des produits qui ne demandent pas de gestion active mais qui garde les avantages des fonds mutuels.

 

  • Les fonds indiciels et la gestion passive

Un indice boursier est tout simplement une statistique, qui en un chiffre, va refléter l’ensemble des mouvements du marché. Les plus connus sont aux USA le Dow Jones, le S&P 500 ou le NASDAQ, le CAC 40 en France et le TSX au Canada. Ils sont devenus nos indicateurs de la santé de la bourse. Un indice peut refléter un secteur étroit de l’économie ou des marchés entiers sur plusieurs continents, voire le monde. Le but d’un fond indiciel est de répliquer sans trop d’efforts les performances d’un indice choisi. Si je veux égaler les performances des 40 plus grosses compagnies françaises, je vais choisir un fond indexé sur le CAC40. Reproduire un indice demande moins d’activités et de recherches. Le gérant n’essaie pas de prédire le marché ni de le battre, car il cherche plutôt à posséder le marché et à l’égaler. Les coûts sont donc beaucoup plus faibles et les transactions anecdotiques. Les fonds indiciels sont très efficients en termes de fiscalité. Par conséquent les fonds mutuels indiciels tournent autour de 0,25 ou 0,5% de frais de gestion.

  • Les fonds négociés en bourse (FNB)

Les FNB sont des fonds indiciels. Ils ont tous un indice de référence qu’ils doivent suivre. Ils connaissent une forte popularité ces derniers temps et cela rend leur choix un peu plus difficile car beaucoup trop de nouveaux produits exotiques voient le jour. Contrairement à un fond mutuel indiciel, le FNB s’achète via un compte de courtage en ligne, comme une action. Son prix évolue en temps réel et il peut faire l’objet de spéculation. Le FNB est si peu cher qu’on en trouve de bonne qualité à 0,04% de frais de gestion. En réalité, les moins chers sont souvent les plus efficaces. Pour couronner le tout, certaines compagnies de courtage en ligne comme Questrade ne charge même pas de commissions lors de l’achat. Correctement sélectionné, le FNB est l’outil moderne idéal pour un portefeuille diversifié au long terme. Avec 1 ou 2 FNB vous pouvez posséder plus de 5000 actions dans le monde entier pour un coût minime.

C’est important de comprendre que les FNB ne sont pas des actions en eux-mêmes. Leur prix n’évolue pas en fonction de leur popularité. Leur prix reflète uniquement la performance du marché. Si demain, tous les Canadiens qui ont des FNB retirent leur argent pour le mettre directement dans les mêmes actions, le prix du FNB ne variera pas.

 

Conclusion

La gestion active reste largement la plus favorisée et la mieux médiatisée des styles de gestion. Elle profite largement à tous les acteurs de l’industrie financière, du gérant de portefeuille qui touche les frais de gestion, aux compagnies de courtage qui aiment l’abondance des transactions génératrices de commissions.

Cependant, il y a longtemps maintenant que les recherches universitaires ont démontré la supériorité de la gestion passive, ne serait-ce qu’en termes de coût et de fiscalité. Si vous investissez par vous-même, sans l’aide d’un conseiller qui prendrait les décisions pro à votre place, cette approche vous libère du temps et du stress de savoir si vous gagnez réellement. En effet, vous ne battrez jamais le marché mais vous ne perdrez jamais contre lui. Vous acceptez ses hauts et ses bas et vous oubliez votre portefeuille pendant que vous vous occupez de ce qui compte réellement : votre famille, votre travail et vos loisirs. La tranquillité et le temps sont un luxe que parfois, les plus riches n’ont pas.

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