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L’impôt sur le capital : le paradis oublié des classes moyennes

C’est objectivement difficile pour un gouvernement de taxer efficacement le capital. S’il tape trop fort, celui-ci sort du pays. S’il ne tape pas assez fort, l’opinion et les médias souligneront la trop grosse indulgence des politiques envers les grosses fortunes. En vérité, le seul capital que l’état peut réellement toujours attraper est celui des classes moyennes. Peu ou pas conseillées en matière d’impôt, pas assez riches pour obtenir la résidence dans un paradis fiscal et trop liées à leur pays par leur emploi et leur famille qu’elles doivent nourrir, les classes moyennes et populaires auraient tout intérêt à ne pas réclamer plus de taxes sur le capital. Après tout, investir à long terme est quasiment leur seul moyen d’accéder aux classes supérieures, pour plusieurs générations, plutôt que d’attendre d’éventuelles augmentations de salaire et les consommer immédiatement. Alors que peut faire le gouvernement pour taxer ce capital sans dépouiller complètement ceux qu’ils disent toujours vouloir protéger ?

Favoriser l’immobilier

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Photo de Pixabay sur Pexels.com

Le gouvernement favorise largement l’achat et la vente d’une résidence principale car c’est un vieux rêve des classes moyennes. On l’accuse d’ailleurs par ce favoritisme de pousser les prix à la hausse en créant une demande (on l’accuse toujours de tout). Cependant, le fait de ne pas payer d’impôts sur la vente de votre résidence est un atout qu’il faut essayer de saisir si possible. Dans un article précédent j’évoquais les frais comme la force la plus nocive qui tue le capital, et l’immobilier en est truffé. À la vente vous pouvez avoir une belle somme, mais il y a de belles chances qu’avec la même quantité d’argent disparue en frais (intérêts, agence, maintenance, réparations, décoration, améliorations…) vous auriez eu de meilleurs résultats ailleurs. Si on applique la force de l’inflation, le calcul est un peu plus décevant. Sans oublier que le gouvernement parvient tout de même à récupérer un morceau du gâteau par le biais des taxes foncières. Acheter une résidence principale dans vos moyens est une bonne idée pour avoir un retour sur loyer mais ce n’est pas vraiment un investissement efficace. Surtout qu’une fois le bien vendu, il faut bien vivre quelque part à nouveau. Je sais que certains propriétaires à Toronto ou Vancouver ne seraient pas d’accord mais même eux devraient reconnaître l’anomalie de leur situation. S’il s’avère que votre maison prend énormément de valeur, tant mieux et profitez-en en la vendant. Pas en prenant un prêt sur valeur domiciliaire.

Distinguer les sources de revenus

Le travail est taxé, on le sait tous, et j’ai tenté d’expliquer ici comment l’état s’y prend. Par contre le gouvernement ne peut pas taxer directement le capital en disant qu’il prélèverait, par exemple, 10% chaque année du contenu de tous les comptes d’épargne et d’investissement du pays. Ce serait une double taxe car l’argent épargné vient de votre travail qui a lui-même déjà été taxé une première fois (et une triple taxe l’année suivante etc…). Imaginez-vous avec votre compte d’épargne qui gagne 1,15% d’intérêts et qui perdrait 10% en taxes tous les ans. À -8,85% de rendement (sans même prendre en compte l’inflation) on serait moins pauvre en s’endettant, et vos frais bancaires à côté auraient l’allure d’une oeuvre de charité. Alors pour attraper un morceau de cette belle fugitive qu’est le capital, le gouvernement doit viser ses revenus. Un capital qui ne génère pas de revenu est inutile pour son détenteur (votre résidence principale peut valoir 3 milliards elle ne vous paye pas à manger). Il existe 3 types de revenu du capital, tous les 3 taxés mais différemment.

  • La taxe sur les intérêts ou l’art de récupérer ce que l’on a donné

On est tous familiers avec le concept d’intérêts probablement parce qu’on est plus habitués à en payer qu’à en recevoir. Si vous prêtez de l’argent à un certain taux, l’emprunteur a l’obligation légale de vous rembourser à ce même taux. Ça en fait un placement relativement sûr et votre plus gros risque est le décès de l’emprunteur ou son incapacité à vous rembourser. Les intérêts que l’on perçoit sont taxés et plutôt lourdement car le gouvernement prend en compte votre taux marginal. Ça veut dire que l’impôt progressif c’est fini, ça c’est bon pour les revenus du travail. Avec les revenus du capital c’est votre tranche de revenu maximale que l’on considère. Plus vous avez de hauts revenus, plus vous sentirez passer le vent des impôts… et plus vous gagnez d’intérêts plus vous êtes susceptibles de passer à la tranche supérieure et d’augmenter votre taux marginal.

Alors pourquoi le gouvernement taxe-t-il si fortement les intérêts ? Pour limiter le crédit ? Peut-être, mais ça ne marche pas. Pour récupérer une partie des intérêts qu’il vous paie quand vous lui prêtez de l’argent ? Très probablement oui. Si vous achetez des obligations gouvernementales il faut vraiment les protéger des impôts. Quand vous empruntez pour un prêt immobilier, vous n’avez pas le luxe de prélever une taxe à la banque à son taux marginal sur les intérêts que vous lui payez. Alors non, pas de pitié pour ça. Surtout que les obligations constituent la grande majorité des investissements des plus vulnérables (retraités, veuves…) car ils ne peuvent souvent pas se permettre autant de risques que les autres. Alors les obligations ça va directement dans un CELI.

  • La taxe sur les dividendes ou le cadeau ignoré

Les dividendes sont très populaires chez les investisseurs, mais pas tant que ça chez la classe moyenne. Avant leur invention, la seule manière de toucher de l’argent de son capital était d’en vendre une partie. Puis, l’idée est venue à un entrepreneur de diviser ses profits en 2. Une partie irait comme d’habitude, se refléter dans la hausse de la valeur de ses actions et une autre irait en cash directement dans la poche de ses actionnaires. En somme, c’est un salaire que chacune de vos actions vous reverse. Vous pouvez voir ici l’historique des dividendes trimestriels reversés par Bell Canada. Le 15 janvier 2018 les dividendes étaient de 0,755$/action donc si vous aviez 10 000 actions de Bell (d’une valeur de près de 600 000$) vous touchiez 7 550$ pour le trimestre. Sans oublier que l’action prend aussi de la valeur avec le temps.

Inutile de dire que les actions qui paient des dividendes fiables sont très convoitées. Dans le monde de la consommation, les dividendes sont l’équivalent de la carte de fidélité. Les actionnaires affluent et restent avec vous pour le long terme. Votre compagnie est mieux capitalisée, avec certes moins de potentiel de croissance folle, mais une plus grande stabilité. Vous êtes loin de la start up et vous résistez mieux aux crises.

Pour les investisseurs les plus avertis, le but du jeu est maintenant d’accumuler le plus d’actions à dividendes possibles dans la vie active avec ses revenus du travail, pour vivre ensuite de ses revenus du capital sans avoir à le vendre morceau par morceau, années après années. Alors comment le gouvernement taxe-t-il ces fameux dividendes ?

Malheureusement pour l’état, toucher aux dividendes c’est toucher au cœur du capitalisme et il le sait. Tout le monde a déjà eu affaire avec les compagnies qui offrent de juteux dividendes. Dans le milieu de la finance il y a un nom pour elles : les aristocrates. Aux États-Unis, seulement 50 compagnies aristocrates ont réussi à ne jamais interrompre leurs paiements de dividendes tout en les augmentant 25 années de suite. Au Canada, seule Fortis doit être proche de cette performance. Ce sont vos banques, assurances, géants de l’industrie, de l’énergie et des télécommunications etc… Pouvez-vous imaginer un gouvernement (souvent lui-même actionnaire de ces béhémoths) oser déstabiliser ces industries ? Une seule distribution de dividendes manquée de la part de ces entreprises et elles sortent automatiquement de la liste de fonds d’investissement et de fonds de pension de retraite valant des trillions de dollars. Alors le gouvernement a créé un crédit d’impôt pour les dividendes. Et comme il veut aider ses gros bébés à prospérer il va seulement l’appliquer sur les entreprises canadiennes.

Voici Jean, Louis et Michelle qui ont tous 3 des revenus très différents. Ils ont reçu chacun 1 000$ en intérêts et 1 000$ en dividendes. Voyons comment ces 2 revenus sont taxés:

Capture d’écran 2019-03-28 à 21.22.11

La grosse conclusion que l’on peut tirer de ce tableau est que les dividendes profitent davantage aux faibles revenus ! Les dividendes sont moins taxés que le travail et que les intérêts. Regardez ces taux : 0% pour Jean, 7,6% pour Louis et 9,7% pour Michelle. En plus, les provinces ont aussi leur crédit sur les dividendes. C’est une situation qui devrait réjouir tous les retraités qui n’ont plus de revenus du travail. Au fédéral, ils peuvent aller jusqu’à 46 605$ de dividendes par an sans être taxé 1 seul centime (si le crédit était remboursable, le gouvernement verserait même 0,27$ à Jean). Ce devrait être le revenu star de la classe moyenne retraitée… mais malheureusement comme souvent, le système est mal compris ou trop craint. La classe moyenne préfère investir massivement dans des obligations ou des dépôts garantis qui paient des intérêts, pour fuir le risque des actions. Pourtant, perdre 15% de ses revenus en impôts tous les ans constitue plus qu’un risque, c’est un fait sûr et certain.

  • La taxe sur les gains de capitaux ou l’art de la somme nulle

Le gouvernement ne peut peut-être pas taxer votre épargne pour éviter une double ou centuple taxation, mais il peut taxer les gains que génère votre épargne. Mais pour y arriver, il faudrait déjà que vous réalisiez ces gains, c’est-à-dire vendre pour encaisser le bénéfice. Alors voilà, conseil #1 pour éviter cette taxe : ne vendez jamais ou rarement. Fini, on a fait le tour !

Non, bien-sûr ! Parfois on doit vendre et déclarer ses gains. Et encore une fois le gouvernement favorise ce type de revenus comparé au travail. En effet, seule la moitié de vos gains est taxable. C’est comme déclarer uniquement la moitié de votre salaire à l’état. Voyons comment cela fonctionne et comparons :

Jean et Michelle ont acheté 10 000$ d’actions en 2009 et vendent tout en 2019. Ils ont maintenant 23 680$. Combien d’impôts vont-ils payer au fédéral en 2020 sur leurs gains ? Imaginons qu’ils ont payé 20$ de frais de commissions et transactions au total.

Capture d’écran 2019-03-28 à 21.17.38

Ce tableau illustre bien à quel point les hauts revenus devraient privilégier les gains de capitaux aux autres formes de revenu du capital. Et encore, en ne vendant jamais, ils ne déclencheraient jamais cette taxe. Il existe une stratégie qui consiste à vendre lors d’une chute boursière (et de racheter des actions similaires mais différentes) et de déclarer la perte de capital à l’état. Plus tard, vous avez le droit d’annuler des futurs gains avec cette perte pour payer 0$. C’est le jeu à somme nulle.

Quelques conseils :

Pour les actifs à hauts revenus : profitez de votre salaire pour accumuler un maximum d’actions qui reversent peu ou pas de dividendes dans des comptes taxables (actions à fort potentiel de croissance). Dans vos REER, favorisez les actions canadiennes type aristocrates, et dans le CELI, d’autres actions aristocrates et des obligations (intérêts).

Pour les actifs aux revenus moyens : vous avez l’embarras du choix car vous êtes les mieux lotis fiscalement. Mais vous avez aussi une capacité d’épargne plus faible. C’est probable que vous n’ayez jamais à investir dans un compte taxable car remplir votre CELI et vos REER serait déjà pas mal. Si vous avez entre 25 et 40 ans remplissez 70 à 60% de ces comptes d’actions aristocrates et le reste avec des obligations. Pour les plus âgés qui approchent de la retraite, réduisez les actions pour plus d’obligations dépendamment de votre aversion au risque. Si vous investissez dans un compte taxable – dividendes bien-sûr !

Pour les retraités avec pension : la pension vous met automatiquement dans une tranche de revenu comme si vous travailliez encore. Prenez bien ça en compte ! Si vos revenus vous mettent dans de hautes tranches d’imposition, favorisez les gains de capitaux.

Pour les retraités sans pension : dividendes, dividendes, dividendes. Les intérêts doivent venir d’un CELI. Vos REER agissent fiscalement un peu comme une pension alors attention également au montant que vous retirez chaque année.

Conclusion

J’espère vous avoir convaincu avec mes 2 articles sur les impôts que la fiscalité est loin d’être aussi punitive qu’on a tendance à le penser. On parle souvent de cadeaux faits aux riches ou aux entreprises mais on ne prend pas soin de ramasser les dollars que le gouvernement nous rend. Alors oui, il faut comprendre le système mais mes articles étaient faits dans ce but. Si vous acceptez de payer une consultation avec un vrai expert en planification fiscale, même s’il vous prend 1 000$, vous aurez économisé beaucoup d’argent. Et regardez les tableaux plus haut, ce ne sont pas les plus riches qui en bénéficient forcément le plus.

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