Aller au contenu principal

L’impôt sur le revenu : cet ennemi qui vous veut du bien

Je n’ai rien contre les impôts. J’aime à le préciser car ce n’est pas souvent le cas pour les personnes qui partagent ma vision des finances. Je ne sais pas si les impôts sont trop forts ou trop faibles. Oui, le gouvernement devrait sans doute réduire ses dépenses mais dans quel domaine ? Libre à vous d’en discuter. Par contre je déteste la dette et je n’aime pas l’idée qu’un pays emprunte pour fonctionner. Lorsqu’un pays s’endette trop, cela se traduit par des impôts nouveaux et des taxes plus lourdes qui ne vont plus dans le service public. Payer pour se soigner, s’éduquer, assurer sa sécurité et sa défense, des infrastructures de qualité et rétribuer correctement les fonctionnaires qui délivrent ces services, pas de problème. Avec plaisir même. Payer des impôts pour rembourser des intérêts ? Non merci. Je préfère payer des impôts élevés aujourd’hui pour éviter que l’état ne s’endette, plutôt que de payer encore plus d’impôts plus tard dont je ne verrai pas les bienfaits.

De plus, le gouvernement reconnaît bien que pour les travailleurs et les investisseurs, il ne faut pas une pression fiscale trop forte. C’est pourquoi il a lui-même mis en place des outils pour alléger la facture et il faut s’en servir. Mais à force de vouloir créer un système qui répond à plusieurs agendas, force est de reconnaître qu’on complique beaucoup les choses. Alors voici quelques explications qui devraient vous aider à mieux comprendre comment cela fonctionne.

  • L’impôt progressif

In_India_the_main_criticism_is_that-_Socialism_for_the_rich_and_capitalism_for_the_poor

C’est le système d’imposition qui permet à l’état de prélever plus d’argent aux hauts revenus sans non plus tout confisquer. Trop de gens surestiment la part de leur revenu qui part en impôt car ils confondent le taux marginal et le taux moyen d’imposition.

Voici les taux d’imposition au fédéral pour 2018 :

Capture d’écran 2019-03-28 à 20.31.23Si vous gagnez 35 000$ vous êtes taxés à 15% mais si vous en gagnez 300 000 vous n’êtes pas taxés à 33%. Comparons le système progressif à un système non progressif.

Exemple :

  • En 2018 Jean a gagné 39 000$ brut. En 2019 il devra payer 15% donc 5 850$ (ce n’est pas tout à fait exact mais nous verrons ça au point 2).
  • En 2018 Michelle a gagné 150 000$ brut. Voici comment se compare ses impôts dans les 2 systèmes :

Capture d’écran 2019-03-28 à 20.47.39Si Michelle ne comprend pas le système, elle peut penser qu’elle est taxée à 29% sur l’ensemble de ses revenus. En réalité elle paie 20,98% d’impôts sur la totalité de ses 150 000$. Elle ne paie 29% que sur 5 511$. Les hauts revenus ont tendance à critiquer l’impôt progressif et à préférer un taux unique à 10 ou 15%. Mais quelle garantie y-a-t-il à ce qu’un taux unique ne soit que de 15% ? Le gouvernement aurait très bien pu créer des tranches à 20, 29 et 33% sans les rendre progressives et Michelle aurait dû payer 43 500$. Il y aurait eu de la révolution dans l’air. Avec le système actuel, si le gouvernement baisse les impôts de la 1ère tranche, tous ceux qui sont au-dessus en profitent également. L’impôt progressif reste jusqu’à présent le meilleur compromis entre l’imposition plus forte des hauts revenus et la nécessité de ne pas en confisquer trop. Je vous invite à calculer votre taux moyen personnel fédéral et provincial, certains d’entre vous seraient surpris de le trouver si bas. Surtout qu’en réalité, nous n’avons pas encore commencé à optimiser.

  • Les crédits d’impôt

45951092722_7060e8fc0b_b

C’est un remboursement contre ce que vous devez payer, dollar pour dollar. Si vous devez payer 10 000$ en impôts en 2018 mais que vous avez un crédit de 1 000$, vous ne paierez que 9 000$.

Parfois (rarement) ces crédits sont remboursables. Cela signifie que si vous devez payer 500$ mais que vous avez 1 000$ de crédits, le gouvernement vous rend 500$. Un exemple de ça est la prestation fiscale pour le revenu de travail. C’est une sorte d’aide au revenu. Si vous avez travaillé dans l’année mais que vous n’avez pas assez gagné (en général moins de 28 283$ net), vous avez droit à des crédits remboursables. En 2011 nous avons utilisé ce crédit d’impôt car Amélia n’avait le droit de travailler que pour un seul employeur qui payait 12 000/an (permis de travail fermé) et, étant sous permis d’étude je n’avais pas le droit de travailler.

Il y a aussi le crédit d’impôt pour la taxe sur les produits et services/taxe de vente harmonisée. C’est un paiement trimestriel qui permet de récupérer une partie ou la totalité de la taxe sur la consommation (TVA en France) pour les familles aux revenus modestes.

La grande majorité des crédits sont non-remboursables. Si vous avez trop de crédits vous ne recevrez pas d’argent en échange. Par contre vous pouvez souvent les transférer à un autre membre de la famille ou les conserver pour une autre année. Les plus connus sont les dons aux organismes de charité, les dépenses médicales, les frais de garderie, les frais d’inscription universitaires, les intérêts d’un prêt étudiant et le montant pour le premier achat immobilier. Il y a des restrictions et des critères à respecter pour avoir droit à chacun de ces crédits.

Nous avons tous au moins un crédit non remboursable, c’est le montant personnel de base. Pour faire simple, c’est le montant à partir duquel vous commencez à payer des impôts. En dessous, on vous laisse tranquille. Tout le monde, même le plus payé au pays, y a droit. Il est de 11 809$ au fédéral en 2019 et on peut en réclamer 15% (soit 1 771,35$). Voyons ce que ce crédit change pour nos deux exemples de tout à l’heure :

Jean a gagné 39 000$/an brut en 2018. Ce montant le situe dans la tranche 1 du taux fédéral, soit 15%. Il devrait normalement payer 5 850$. Cependant, le montant fédéral personnel de base est de 11 809$ et Jean peut en réclamer 15% soit 1 771,35$. Alors Jean ne devra finalement que payer 4 078,65$. Le même calcul s’applique pour les taux de sa province de résidence.

Capture d’écran 2019-03-28 à 20.53.17.pngVous voyez comment ce crédit a réussi à baisser le taux moyen de Jean de 15 à 10,45% ?

Voyons le cas de Michelle qui gagne 150 000$/an au taux marginal fédéral de 29% et qui a aussi droit au même crédit de 1 771,35$.

Capture d’écran 2019-03-28 à 21.02.11.pngLe crédit est moins avantageux pour Michelle mais son taux moyen baisse tout de même de 2,18%. Il peut tomber plus bas si elle utilise d’autres crédits et si elle applique les stratégies du point 3.

  • Les déductions

images

Une déduction est un montant que le gouvernement vous laisse utiliser pour baisser votre revenu brut. Ainsi vous déclarez moins de revenus et payez moins d’impôts. C’est une manière légale de se déclarer plus pauvre que ce que l’on est. Cela peut aussi vous permettre de bénéficier d’un plus gros paiement mensuel de l’Allocation Canadienne pour Enfants car celle-ci est calculée proportionnellement à vos revenus.

Les déductions sont surtout intéressantes pour les hauts revenus car en dessous de 12 000$, vous ne descendrez pas plus bas que 0%. Parmi les plus connues on trouve : les frais de garderie (encore), les cotisations syndicales ou pour un ordre professionnel, les pertes de capitaux, les paiements d’une pension alimentaire, un déménagement de plus de 40km pour un emploi, les intérêts pour un emprunt d’investissement et les cotisations au REER. Je vais m’attarder maintenant sur cette dernière déduction.

Voici quelques informations rapides sur le Régime Enregistré d’Épargne Retraite (REER):

  • Tout l’argent que vous placez est déductible de vos revenus. Vous pouvez même choisir l’année à laquelle vous voulez le déduire.
  • Vous pouvez investir librement dans le produit de votre choix. Vous n’êtes pas limité aux options coûteuses que votre banquier vous propose.
  • Vous ne pouvez cotiser que 18% de vos revenus de l’année précédente avec un plafond à 26 230$ pour 2018. Si vous dépassez, attention aux pénalités.
  • Une fois à la retraite, l’argent que vous sortez du REER est considéré comme revenu brut imposable.
  • Si vous sortez cet argent avant votre retraite, gare à vous ! Il y a une double pénalité. Non seulement l’argent est considéré comme un revenu supplémentaire taxé au taux marginal (sauf si vous n’avez jamais demandé la déduction), mais en plus il y a une pénalité fédérale (entre 10 et 30% de la somme retirée) et provinciale. C’est pour vous décourager à voler le futur retraité que vous allez être.
  • Il y a 2 exceptions où vous pouvez retirer cet argent : retourner aux études ou pour l’achat d’une maison mais autant ne pas le faire.

Donc voyons qu’est-ce qu’investir dans des REER change pour Jean et Michelle. Tous deux ont épargné le maximum légal : 7 020$ pour Jean et 26 230$ pour Michelle.

Capture d’écran 2019-03-28 à 21.10.08

Pas mal! Sans crédits ni déductions Jean payait 15% de ses revenus. Maintenant son taux moyen est quasiment descendu de moitié à 7,75%. N’oubliez pas que les 7 020$ en REER sont toujours à lui. Ce n’est pas de l’argent perdu, au contraire. Bien investis, c’est du futur argent multiplié. Ils seront taxés plus tard, lorsqu’il les retirera progressivement à sa retraite, mais s’il se débrouille bien son taux moyen sera toujours bas. Les REER sont un sérieux coup de pouce fiscal pour inciter à l’épargne.

Capture d’écran 2019-03-28 à 21.10.41

Michelle était à près de 21% d’imposition au départ. Après le crédit de base, elle est passée à 19,8% et voilà qu’en épargnant 26 230$ le gouvernement lui rend 6 985$ et son taux moyen passe à 15,14%. C’est quasiment le taux de la première tranche d’imposition, comme si elle gagnait moins de 47 000$/an ! Alors oui, le système est compliqué mais un système plus simple serait beaucoup plus injuste pour tout le monde. Je rappelle juste que les taux de cet article ne sont que ceux du fédéral. Je n’ai pas pris en compte les provinces par souci de clarté. Une fois que vous avez compris comment le fédéral fonctionne, il suffit d’appliquer la même méthode avec les taux provinciaux.

À vous!

Dans nos exemples nous n’avons utilisé qu’un crédit et qu’une déduction. Mais ce sont les niches les plus avantageuses car elles ne vous dédommagent pas d’une dépense encourue. C’est bien de pouvoir déduire les frais de garderie ou les frais de déménagement, mais on ne récupère pas la somme perdue. Je vous invite maintenant à refaire le calcul de votre taux de prélèvement. Le vrai calcul cette fois. C’est plus facile si vous avez un compte en ligne avec l’Agence Revenu Canada. Vous prenez la somme que votre employeur a déduit de votre paie en 2017, vous soustrayez votre retour d’impôt de 2018 (ou additionnez ce que vous avez payé) et vous enlevez encore tous les bénéfices éventuels reçus en 2018 (allocation enfant, assurance emploi, remboursements taxe de vente et autres…). Ce chiffre que vous avez, vous le divisez par votre revenu brut d’il y a 2 ans et multipliez le tout par 100 pour le pourcentage. Faîtes-le pour autant d’années que vous pouvez en arrière. Votre taux est-il supérieur ou inférieur à ce que vous imaginiez ?

 

4 Comments »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :