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La différenciation à l’école

Je lisais l’autre jour un jour un article français concernant les enfants avec différents problèmes d’apprentissage et qui parlait d’accompagnement de ces enfants. Les commentaires d’enseignants en dessous de l’article m’ont profondément perturbée. Chaque message démontrait, soit un manque total de formation sur le sujet, soit un déni des diagnostics mentionnés dans l’article.

Je ne vis plus en France depuis dix ans. Je suis arrivée au Canada très jeune, à 21 ans, et j’y ai fini mes études. C’est ici que j’ai été formée à l’éducation et les cours sur la différenciation, donc comment intégrer et s’occuper d’élèves avec divers diagnostics, avaient une grande place dans ma formation.

Les questions que je me pose sont multiples : est-ce que les enseignants français sont formés sur ces sujets ? Il y a-t-il un problème de société en France concernant ces questions ? Et enfin, comment sont réellement intégrés les élèves qui vivent avec un problème d’apprentissage (ou autre). Mais plus je fais des recherches, en visitant des blogs ou des groupes FB, en lisant d’autres articles, plus j’ai l’impression que ce sujet reste largement peu abordé dans les écoles, et que le problème est bien pire dans les collèges et lycée.

Alors, pour vous faire part de mon point de vue du Canada, je vous explique comment le système fonctionne ici. Ce n’est pas un système parfait, mais c’est un système humain dans lequel les gens font ce qu’ils peuvent pour accompagner les élèves.

Voici donc les forces de ce système :

Des enseignants ressources dans les écoles

Le premier point que je vais aborder est celui des enseignants ressources/des enseignants spécialisés en adaptation scolaire. Ce sont des profs, mais qui ont choisi d’en apprendre plus au sujet des différents diagnostics que l’on rencontre dans les écoles. Ils enseignent toujours, mais une partie de leurs heures est dédiée au suivi de ces élèves : que ce soit pour contacter les familles, faire le point avec les collègues, organiser un suivi avec d’autres spécialistes, faire passer des évaluations et analyser les résultats. Ces enseignants sont là pour conseiller leurs collègues et les appuyer dans leur enseignement individualisé.

Dans la pratique, les enseignants ressources sont toujours débordés. Mais le fait d’avoir une personne par école qui connait tous les dossiers et vers qui on peut se tourner est un gros atout.

Des plans d’enseignement individualisés

Je sais que ce genre de plans se fait un peu partout dans les pays occidentaux. Ces plans sont la base du suivi des élèves en difficulté. Ils répertorient les adaptations, les forces et les soucis de ces élèves. Ils contiennent les comptes rendus des rendez-vous avec les parents, les évaluations passées par les élèves et toutes informations utiles pour l’équipe-école.

La vraie question est : que fait-on de ces plans ? Sont-ils suivis ou juste rangés dans un placard ? D’après mon expérience au Canada, les plans sont pris ici très au sérieux. Il s’agit d’un document légal et les enseignants sont tenus de respecter les adaptations notées au dossier.

Des adaptations pour répondre aux besoins

Voici quelques unes des adaptations disponibles au Canada dans les écoles :

  • Un ordinateur de technologie d’aide équipé de Read&Write et d’Antidote (par exemple). Les élèves qui ont un besoin reconnu peuvent travailler uniquement par ordinateur et utiliser des logiciels de soutien en lecture et en écriture.
  • Un lecteur lors des évaluations.
  • Des ballons, des bureaux-vélos, des bureaux-debout, des couvertures lourdes, etc. Tout ce matériel peut être utilisé avec des élèves qui ont un déficit d’attention ou qui sont hyperactifs, au cas par cas.
  • Des salles sensorielles (avec de la lumière tamisée, de la musique douce ou de la nature, des coussins ou des tapis…) pour les élèves qui supportent difficilement le bruit et l’agitation sur toute une journée.
  • Le soutien de plusieurs spécialistes ou intervenants en santé mentale.

Une formation continue

Les études et la recherche évoluent constamment. Il est essentiel pour un enseignant ou un éducateur d’être informé au sujet des diagnostics des élèves. Que dit-on du TDAH ? Quelles études sont sorties récemment ? Quelles sont les adaptations qui semblent le plus porter leurs fruits ? Comment mieux repérer les élèves dyslexiques ? Une intervention très précoce est de plus en plus préconisée et les adaptations, lorsqu’elles sont bien utilisées, donnent d’excellents résultats.

Et que fait-on de nos élèves précoces, à haut potentiel, qui peuvent être en échec scolaire lorsqu’ils n’obtiennent pas le bon accompagnement ?

Pour moi, les enseignants doivent être formés tout au long de leur carrière pour apprendre à reconnaître les signes de problèmes d’apprentissage et pour mieux appuyer les élèves. Je sais que le temps manque, mais c’est pour ça qu’au Canada il existe…

Des journées pédagogiques

Les enseignants au Canada bénéficient de journées pédagogiques durant lesquelles l’école ne reçoit aucun élève. Ces journées sont consacrées à la formation continue des enseignants.

C’est souvent lors des journées pédagogiques que nous prenons le temps de discuter plus en profondeur de nos élèves ayant besoin de plus d’accompagnement individualisé.

Un dépistage précoce

De plus en plus, les écoles canadiennes optent pour un dépistage précoce des problèmes d’apprentissage. Je suis tout à fait d’accord avec cette façon de faire. Pour moi, plus on détecte rapidement un problème et mieux on peut aider l’élève qui vit une situation difficile.

Ce dépistage permet aussi d’aider la famille et d’apporter des réponses à l’enseignant.

Et pour finir, on se bat contre les idées reçues et les préjugés

NON, un enfant souffrant de TDAH n’est pas juste « mal élevé ». Il suffit d’un minimum de recherche sur le sujet pour comprendre que ces élèves ont un réel problème de fonctionnement. Il est de notre devoir de les aider à l’école. On entend parfois qu’il y a problème de sur-diagnostic du TDAH, on lit de plus en plus d’études à ce sujet. Pour moi, il faut prendre avec méfiance cette idée de sur-diagnostic : quand plusieurs pédiatres ou pédo-psychiatres s’accordent pour parler de TDAH pour un élève, il vaut mieux les écouter. À lire ici 🙂

NON, les enfants hypersensibles ne sont pas juste trop couvés par leurs parents. Ces enfants existent bel et bien. Encore une fois, le net est rempli d’excellentes études sur le sujet. Voici un document très utile du Centre hospitalier pour enfants de l’est Ontario.

NON, un enfant précoce, à haut potentiel, n’est pas forcément bon à l’école et il PEUT avoir besoin de beaucoup de soutien et d’adaptations pour exprimer son potentiel. Voici un document de l’éducation nationale assez bien fait (peut-être pas assez partagé ?)

OUI, l’anxiété est un problème qui touche un certain nombres d’élèves. Il ne faut surtout pas la négliger. À l’adolescence, le problème pourrait empirer et être très difficile à vivre pour ces élèves. À lire ici.

En conclusion

J’espère que ce qui est fait au Canada pourra s’exporter un peu plus. J’aimerais que les gens, d’une manière générale, prennent plus à coeur l’inclusion, la différenciation et l’adaptation.

Il faut accompagner les élèves qui souffrent de ces situations, mais aussi leurs enseignants. C’est tout un système à mettre en place autour d’eux. Il n’y a pas que les cas les plus sévères à qui donner un AVS à temps plein. Il faut absolument repérer plus tôt ces élèves, les aider à trouver des réponses et leur apporter ce dont ils ont besoin pour bien grandir.

Que ce soit avec un TDHA, un diagnostic d’autisme, ou de dyslexie sévère, un élève peut effectuer de brillantes études et être heureux à l’école si on parvient à s’occuper de lui correctement et si on a le soutien de sa famille.

 

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