Aller au contenu principal

Le paradoxe de la prof de français

J’adore écrire. Je pense que je l’ai toujours fait. Petite, j’adorais écrire de longues histoires – bourrées de faute, mais qui me plaisaient beaucoup. J’ai continué pendant mes années à la fac et c’est ainsi qu’est née l’histoire du Dernier Descendant. Un texte simple, qui possède néanmoins une histoire complexe, sur lequel j’ai passé des années… Un travail de fourmi pour revoir l’histoire, la rendre plus percutante et intéressante, corriger le style, les phrases et les coquilles. Un travail pourtant donc je ne suis pas vraiment satisfaite, mais consciente que j’en avais fini avec cette histoire, je l’ai publiée avec un certain succès.

Depuis l’enfance, j’ai eu un immense choix dans mes lectures. Chez ma grand-mère prof de français à la retraite, j’avais tous les classiques à portée de main et je les lisais selon l’envie et l’humeur. En 5e, j’empruntais le Rouge et le Noir, ou Eugénie Grandet, juste pour découvrir ces romans dont j’entendais parler parfois en classe. Mais à côté de ça, ma grand-mère me poussait à acheter et à lire n’importe quoi. Avec son abonnement à France Loisir, j’avais l’obligation de commander 2 ou 3 romans jeunesse, selon ce qui me faisait envie. J’ai lu des navets, j’ai lu de bons et de moins bons petits romans, mais peu importe, je lisais sans arrêt. Et ça, je pense que c’est la grande réussite à la fois de mes parents et de ma grand-mère, le fait de m’avoir permis de lire ce que je voulais sans aucun jugement.

À l’école, avaler les romans imposés par mes profs ne me faisait pas peur. Mais ce n’était pas toujours une partie de plaisir. En 3e, on a passé l’année sur plusieurs romans de Balzac qui m’ont tous ennuyée à mourir. En 4e, c’était du Maupassant à m’en dégouter. Et si moi, lectrice assidue, ça ne me plaisait pas du tout, imaginez ce que devait en penser les lecteurs fragiles, les lecteurs encore émergents de ma classe de ZEP. Avec les années, en choisissant un parcours littéraire, j’ai été amenée à lire davantage de choses qui me plaisaient vraiment. L’étude en classe de ces romans avec de super profs m’a poussée à continuer dans cette voie.

Mais aujourd’hui, c’est à mon tour d’enseigner le français. À vrai dire, je le fais depuis plusieurs années, et j’ai parfois du mal à concilier l’amour de la littérature avec les programmes d’études que je dois suivre.

En lecture, ce n’est pas toujours simple d’amener les élèves à accrocher à de la littérature classique. Comment amener des élèves qui n’ont jamais lu à aimer du Balzac ? Comment les attirer vers la littérature avec du Zola ? En lisant ensemble, en discutant du contexte, en faisant cours dans une atmosphère qui invite à la discussion, je peux y arriver. Surtout lorsque j’ai le choix dans mes romans à l’étude. En ce moment, nous étudions Balzac et la Petite Tailleuse chinoise, un roman qui passe très bien avec mon groupe. Mais je reste convaincue qu’étudié d’une autre façon, la plupart de mes élèves ne l’auraient ni aimé ni compris.

En écriture, je trouve cela plus difficile. Ceux qui aiment écrire, et ils ne sont pas nombreux, aiment raconter des histoires, comme moi quand j’avais leur âge. Pourtant dans nos programmes on n’en est plus qu’à des commentaires et des dissertations littéraires. Où est l’intérêt pour eux ? Pour moi ?

Je manque de temps, d’un côté, je veux les voir réussir leurs examens, maîtriser toutes les étapes de la dissertation, corriger leurs fautes et leur style. D’un autre, quand je les vois se préparer à la tâche comme si je les envoyais à la mort, je me demande vraiment si on travaille dans la bonne direction. Alors j’essaie de concilier les deux. Entre deux cours de méthodologie de la dissertation, je tente de leur faire apprécier la magie de l’écriture. Le matin quand ils arrivent, qu’ils posent leurs affaires, je les lance souvent dans des sujets d’invention où ils peuvent se livrer un peu, s’amuser même. Et ils écrivent sans s’arrêter. Comme si on venait de faire exploser une digue pour libérer tous ces mots retenus en eux. Après vingt minutes de rédaction déchainée, ils lisent chacun leur tour leur texte, s’écoutent et se commentent. Dans ces moments là, j’ai vraiment l’impression d’avoir fait mon travail.

Mais je sais, parce qu’ils m’en parlent, que ça ne se passe pas comme ça très souvent dans les cours de français. Alors j’ouvre la discussion avec vous. Que faites-vous, dans vos classes pour que ça marche ? Qu’avez-vous vécu en tant qu’élèves dans vos cours de français et de littérature ? Je pense que de mon côté, je ne cesserai jamais de chercher le petit truc en plus. Les classes changent et les élèves aussi. En ce moment, le roman que j’ai à l’étude prend très bien, mais l’an prochain ? Possible que je révise mes choix en septembre prochain. Ma liste de romans à étudier m’offre des choix intéressants, à moi de trouver les livres qui parleront à mes groupes.

 

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :