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Mon premier roman : Le Dernier Descendant

J’aimerais vous présenter mon premier roman fantastique intitulé le Dernier Descendant et disponible ici :

En voici un extrait du premier chapitre :

Le chemin en bordure du bois était recouvert d’une fine couche de neige craquante. Caelan le remontait avec assurance, enroulée dans sa cape comme un chaton contre sa mère. En temps normal elle ne partait jamais seule au village, mais on la laissait faire depuis qu’elle avait annoncé son départ du pensionnat. Une décision qui avait surpris, qui ne laissait personne indifférent et alimentait les conversations de cour d’école. Les gens pensaient qu’elle y passerait sa vie, comme la plupart des orphelines qui se retrouvaient dans l’établissement. On les gardait et on les élevait dans l’idée qu’elles incarnaient la relève. Elle n’avait rien fait pour les détromper, quelque part elle méritait les réactions engendrées par sa décision. Quand elle avait vu l’annonce affichée pour un poste de gouvernante dans le hall, une petite étincelle avait ravivé la flamme de ce désir enfoui de fuite, de nouveau départ. C’était elle que la famille avait sélectionnée, parmi toutes les candidates au poste, ils avaient porté leur choix sur elle… Bientôt, elle prendrait une voiture au village pour partir loin d’ici, traverser les plaines et voir les paysages défiler jusqu’à la capitale. Il restait Madame Vignon à convaincre pour parfaire le tableau. La directrice désapprouvait son choix, elle voulait la voir passer sa vie près d’elle, peut-être par sentimentalisme. Elle l’avait prise sous son aile et n’était pas prête à ce qu’elle s’éloigne du cocon qu’était l’école du Lac. Un souci qu’elle tenterait de régler dès son retour, la marche lui avait permis d’affuter ses arguments.

Une violente bourrasque la précipita dans les fourrés. De la neige jusqu’aux genoux, elle s’extirpa péniblement du fossé. Le printemps prenait son temps cette année. Elle n’avait pas fini de taper ses bottes quand son attention fut attirée par un bruit dans son dos. Au loin, des chevaux approchaient. La route ne menait qu’à l’école, les visiteurs se faisaient rares. Le seul village des alentours était celui de Lia d’où elle revenait. L’isolement du lieu était recherché par les parents qui confiaient la charge de l’éducation de leurs petites filles à Madame Vignon. Sans doute imaginaient-ils qu’en les coupant du monde elles garderaient une certaine candeur ; son propre cas leur donnait raison et c’était bien là le problème. La plupart venaient de l’Antianor, leur royaume. D’autres arrivaient d’ailleurs, l’établissement avait sa réputation. Intriguée, Caelan se retourna vers la voiture et fit un pas vers la droite pour la laisser passer. Les rideaux étaient tirés, impossible de discerner l’identité du visiteur. Ce n’était pas quelqu’un du coin, ça elle en était sûre, personne ne possédait d’attelage aussi élégant au village. Peut-être un parent de la capitale, les gens évitaient les déplacements hors des grands axes tant que les beaux jours n’étaient pas arrivés. D’ailleurs ils n’avaient pas tort, le vent du nord lui gelait chaque parcelle de sa peau découverte. La capuche rabattue sur les joues, Caelan serra son paquet contre sa poitrine et se remit en marche.

Quinze minutes plus tard, elle retrouvait la chaleur des couloirs de l’école. Une fois dans sa chambre, elle déposa ses affaires sur son lit, se retint de couper les cordelettes de son colis et redescendit vers la bibliothèque. Personne ne l’y attendait. Elle avait réussi ses examens au début de l’hiver, les cours ne lui avaient jamais paru difficiles avec Madame Vignon comme mentor. L’ennui la poussait à postuler ailleurs. Seule dans sa chambre, au fil des jours passés à marcher le long des murs du jardin, elle s’était sentie prise au piège. S’il y avait eu plus de livres à la bibliothèque, peut-être qu’elle n’aurait pas sauté sur la première occasion offerte de s’enfuir. Elle aurait sagement accepté le travail qui l’attendait à la rentrée prochaine au sein du pensionnat. Madame Vignon lui offrait une classe, une situation. La directrice aurait tout fait pour la combler. Elle soupira en longeant le couloir qui la menait à son bureau et se remémora encore le discours qu’elle comptait lui tenir. Il fallait bien la convaincre qu’elle ne commettait pas une erreur en partant. Elle n’avait pas besoin de son approbation, l’emploi était garanti et on l’attendait sur place, mais… Elle n’arrivait pas à s’y résoudre. L’écho de voix devant la porte lui fit marquer un temps d’arrêt. Madame Vignon n’était pas seule. Le visiteur qui l’avait doublé en chemin, ce ne pouvait être que lui, c’était un homme. Caelan s’apprêtait à repartir quand quelque chose la retint. Son nom. L’inconnu venait de prononcer son prénom. Pendant un instant, toutes les explications possibles lui passèrent par la tête, et une en particulier : son futur patron. Madame Vignon tentait peut-être de le persuader de ne pas l’engager. Elle se glissa sans un bruit au plus près de la porte entrebâillée.

— Son départ ne change rien. Calmez-vous donc, Émérence.

— Que je me calme !

— Il vaut mieux la laisser faire. Je trouverai quelqu’un pour la garder à l’œil.

Elle s’était trompée, cet homme n’avait rien à voir avec son employeur, mais elle ne comprenait ni ce qu’il disait, ni qui il pouvait être. Elle se concentra pour entendre la suite de leur conversation, un son sourd l’interrompait constamment : les battements de son cœur. Quand elle retrouva son calme, elle perçut de petits reniflements, Madame Vignon pleurait.

— Allons, allons.

La voix compatissante murmura d’autres paroles inaudibles. Elle savait qu’elle devait s’éloigner maintenant, mais un sentiment étrange lui tiraillait la poitrine. Personne ne la connaissait et elle ne connaissait personne à part les gens de l’école. Cet homme parlait pourtant d’elle. Il l’avait appelé par son prénom et mentionnait un départ, elle ne pouvait pas se tromper. Il voulait la surveiller… Elle recula d’un pas, puis d’un autre. Si Madame Vignon la trouvait ici, elle risquait… Un jet de lumière éclaira soudain le couloir. La porte venait de s’ouvrir en grand. L’ombre imposante de l’inconnu la replongea immédiatement dans la pénombre. Face à lui elle baissa les yeux, mais elle eut le temps de l’entrevoir. Il n’était plus tout jeune, une masse de cheveux gris courait sur épaules et il avait les yeux bleus, d’un bleu aussi profond que la cape qu’il portait.

— Qu’est…

— Caelan ! s’exclama la directrice.

Ses joues étaient en feu. Avaient-ils compris qu’elle les espionnait ? Il fallait quelque chose à dire pour justifier sa présence.

— Je viens de rentrer, madame. Excusez-moi, je reviendrai vous voir plus tard.

Elle leur fit une révérence polie avant de se retirer. L’homme posa alors une main sur son épaule. Le bref contact la fit sursauter et son regard pénétrant la déstabilisa complètement. Figée dans la paume de sa main, elle en oublia de respirer. Dans ses yeux, elle lisait une colère, mais pas seulement. Il y avait aussi un sentiment qu’elle ne pouvait définir correctement, peut-être parce que l’intensité de l’émotion la dépassait. Au bord des larmes, elle sentit sa main se détendre. Au moment où il lui donna l’impression qu’il allait parler, leur visiteur se ravisa et se retourna vers Madame Vignon. Plantée comme un piquet au milieu du couloir, elle marmonna un mot d’excuse, la directrice lui fit signe de filer. Cent questions lui brûlaient les lèvres, mais elle les ravala et fit demi-tour. Paralysée de l’intérieur, elle s’enferma à double tour dans sa chambre et se laissa glisser jusqu’au plancher. Cet homme n’avait rien d’un inconnu. Cet homme s’appelait Denon et il était le roi de l’Antianor. Il n’y avait qu’une seule personne à qui elle pouvait en parler. 

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